Les amateurs de séries télévisées se souviennent certainement de K2000 et de la voiture qui se conduit toute seule. Selon les experts, la fiction deviendra réalité en 2020.
Début octobre, Bordeaux a pris des allures futuristes, avec des véhicules autonomes circulant dans la ville. Une expérience unique menée dans le cadre du congrès mondial sur les transports intelligents (ITS). « Le sujet semble nouveau pourtant, l’industrie automobile travaille depuis 30 ans sur le véhicule autonome, souligne Laurent Hecquet, fondateur du think tank Automobile & Avenir. Ses solutions sont déjà en partie dans la rue et d’autres vont arriver progressivement d’ici 2020. Elles sont même en test sur route ouverte dans notre pays ». En effet, PSA mène actuellement une expérience sur la N118 près de Paris et une C4 autonome a relié la Capitale à Bordeaux pour participer à l’ITS. Sans incident, faut-il le préciser.
Des voitures déjà très autonomes
Mais si la voiture qui se conduit toute seule semble encore faire partie du domaine de la fiction, on oublie que nos voitures sont déjà très autonomes. Guillaume Devauchelle, directeur de l’Innovation chez Valeo, rappelle que nombre de véhicules neufs sont équipés d’une assistance au stationnement capable d’effectuer un créneau (sans le louper !) sans l’intervention (ou presque) du conducteur. Les véhicules les plus récents disposent également d’une fonction qui permet de conserver une distance avec le véhicule qui précède, voire même de conduire de façon autonome dans certaines conditions (sur autoroute et à moins de 60 km/h, par exemple). Enfin, le smartphone se transformera bientôt en voiturier en intimant l’ordre à la voiture d’aller se garer toute seule pendant que vous irez faire vos courses. Et d’une simple manipulation de votre smartphone, vous pourrez demander à votre auto de venir vous rechercher à la sortie du supermarché.
Quels freins à son déploiement ?
En fait, les freins au déploiement de la voiture autonome ne sont pas dus à la technologie. S’ils restent des points à améliorer pour éviter que le véhicule autonome ne s’arrête net lorsqu’il n’y a plus de marquage au sol perceptible par les caméras et autres capteurs, par exemple, les ingénieurs sont confiants. Les progrès technologiques sont rapides et des véhicules 100% autonomes pourraient s’insérer dans la circulation dès 2018/2020.
Le problème porte donc plus sur la législation. Comme l’explique Rémy Josseaume, avocat au bureau de Paris et président de l’Automobile Club des Avocats, le droit routier est aujourd’hui régit par la Convention de Vienne de 1968. À savoir que tout conducteur doit conserver le contrôle de son véhicule et éviter toute autre activité que la conduite. Or « en droit français, le conducteur n’est pas défini. Il va donc falloir commencer par définir la notion de conducteur ».
Sinon, en cas d’accident, qui est responsable ? Le conducteur qui ne conduit pas ou le véhicule autonome et par prolongation le constructeur ? « Il va donc falloir adapter la réglementation actuelle ou en créer une nouvelle », souligne Rémy Josseaume. Pour l’heure, le seul cas d’école qui existe est l’affaire des régulateurs de vitesse. Pour rappel, un conducteur qui avait enclenché le régulateur de vitesse n’avait pas réussi à le désactiver en appuyant sur la pédale de frein et n’avait pu éviter un accident.
« La jurisprudence a finalement retenu le cas de force majeure car le conducteur n’avait plus la gestion du véhicule, à cause d’un défaut mécanique non prévisible, commente Maître Josseaume. Le conducteur a été dégagé de toute responsabilité de l’accident au nom du principe de force majeure qui exonère de responsabilité ».
Un vrai changement de la société
Outre cet aspect juridique et au-delà du simple aspect technique, la mise en place du véhicule autonome constitue un vrai changement de la société. En effet, les partisans du véhicule autonome y voient de nombreux avantages. Tout d’abord en termes de sécurité. Les véhicules autonomes réagissent plus vite que l’homme et ne s’arrangent pas avec le Code de la route. C’est vert ou rouge, mais pas orange clair ou orange foncé… Ce qui devrait réduire les accidents de la route et donc le nombre de victimes de la route.
De même, les véhicules autonomes sont plus réguliers dans leurs déplacements. Ils ne s’énervent pas derrière une auto qui n’avance pas et conservent toujours la même distance de sécurité, ce qui réduit l’effet accordéon, rend le trafic plus fluide et limite les bouchons. Enfin, le véhicule autonome permet de gagner du temps puisque tout comme dans un transport en commun, le conducteur n’a pas à se soucier de la conduite et peut s’occuper autrement (lire, répondre à ses mails, téléphoner, etc.).
Si l’homme ne conduit plus, on peut cependant se demander s’il sera toujours nécessaire d’apprendre à conduire. On est tenté de répondre « oui, mais différemment ». Le contenu de la formation à la conduite devra bien évidement s’adapter à l’évolution technologique. Ce qui est déjà le cas. En 2015, un élève en auto-école n’apprend plus à utiliser le starter puisque celui-ci a disparu des voitures modernes. Tout comme l’apprentissage du freinage d’urgence a évolué avec la généralisation de l’ABS.
À entendre ses défenseurs, le véhicule autonome ne présente que des avantages. Reste que les conducteurs qui aiment conduire devront trouver leur plaisir ailleurs que sur la route. Reste qu’il faudra également que les Français acceptent le véhicule autonome pour qu’il puisse se développer. Or selon une étude Dekra, ils ne sont que 21% à croire à son essor d’ici
10 ans.
Sandrine Ancel