Pour les personnes à mobilité réduite, garder son autonomie est primordial et passe par la conduite d’un véhicule. Le marché de l’apprentissage de la conduite pour ce type de public constitue une opportunité de diversification, à condition de faire preuve d’une grande motivation. État des lieux.Pour les personnes handicapées, conduire est un moyen d’accéder à l’autonomie, que ce soit pour conserver la liberté de se déplacer, ne pas rester isolé mais également pouvoir accéder plus facilement à un emploi. Si le nombre d’écoles de conduite dispensant une formation à ce type de public reste peu élevé (une soixantaine en France, dont moins d’une dizaine à Paris), c’est sans doute parce que se lancer sur ce marché demande un investissement personnel et matériel non négligeable. Pourtant, le marché de l’enseignement de la conduite aux personnes à mobilité réduite est loin d’être saturé. Il existe un manque notable dans certaines régions. Pour preuve, certains élèves sont obligés de parcourir plus d’une centaine de kilomètres pour effectuer 1 heure de leçon !
TROIS PUBLICS DIFFÉRENTSOn distingue trois types de public sur ce marché. Les conducteurs valides devenus invalides et qui ont besoin de régulariser leur permis représentent la majorité (60 %) des élèves, suivis par les personnes invalides qui n’ont jamais conduit (20 %). Il convient d’y ajouter les personnes valides mais qui rencontrent de grandes difficultés à maîtriser la gestion d’une boîte de vitesse manuelle (20 %). C’est souvent le cas – mais pas uniquement – des personnes âgées, notamment des veuves qui sont obligées de prendre ou reprendre le volant après le décès de leur mari. Bien entendu, le passage d’un permis boîte automatique ne permet la conduite que de ce type de véhicule. La voiture pour enseigner à des personnes à mobilité réduite étant quasi-obligatoirement équipée d’une boîte automatique, elle pourra également être utilisée, une fois les équipements spécifiques ôtés, pour les leçons de personnes valides en boîte automatique.
COMMENT SE LANCER ?Comme l’explique Thierry Donzel, gérant de l’auto-école de la Côte, à Nuits-Saint-Georges (Côte d’Or), qui propose ce type de formation depuis 2 ans, « pour se lancer, il faut y croire, être fortement motivé ! » Le gérant conseille vivement d’effectuer des études de marché pour vérifier s’il y a suffisamment de demande, avant d’ajouter qu’il est « quasi-indispensable de travailler en partenariat avec un centre de rééducation fonctionnelle des accidentés de la route, qui contacte l’auto-école quand ses patients souhaitent passer leur permis de conduire afin de se réinsérer. » En effet, avant de commencer la formation, il faut évaluer le handicap de l’élève ainsi que ses limites. C’est le rôle des centres de rééducation fonctionnelle, qui ont conscience de toutes les difficultés que rencontre le futur conducteur. Il existe près d’une centaine de centres de ce type (en moyenne 1 à 2 par département), préparant au permis de conduire par l’intermédiaire des auto-écoles.
Suivant le résultat de l’évaluation de ses aptitudes physiques, la personne va ou non pouvoir commencer une formation. « Mais il est important qu’elle ait véritablement fait son deuil du temps où elle était valide, sinon elle ne sera pas psychologiquement prête à commencer son apprentissage de la conduite », souligne Thierry Donzel.
Ce gérant propose ses formations handicapées dans le cadre du permis à 1 euro par jour. « Ce n’est pas incompatible, au contraire, puisqu’il s’agit toujours du permis B. » Et facture ses leçons de conduite au même tarif que les leçons « classiques ». « Je ne vois pas de raison de les faire payer plus cher », explique-t-il. Une attitude qui reste rare, car il est fréquent que les leçons pour handicapés soient facturées de 5 à 10 euros plus cher.
DES ÉLÈVES TRÈS MOTIVÉSPoint positif, les auto-écoles qui font de la formation pour handicapés ont souvent constaté que ce type d’élève fait preuve d’une motivation et d’une ponctualité sans faille, beaucoup plus que les personnes valides. De plus, il se crée une relation forte entre l’enseignant de la conduite et l’élève, ce qui est humainement très motivant. Et contrairement à une idée reçue, les automatismes de conduite s’acquièrent aussi rapidement que pour les formations classiques, sans avoir besoin de forcément recourir à davantage d’heures de formation.
Si l’élève est motivé, l’enseignant de la conduite doit l’être tout autant. « Un moniteur qui se lance dans ce type de formation doit savoir faire preuve d’une certaine diplomatie et d’une grande patience », précise Thierry Donzel.
DES ÉQUIPEMENTS SPÉCIFIQUESEnfin, se lancer dans la formation pour personnes à mobilité réduite nécessite des équipements spécifiques (voir le détail p. 26-27). Pour Éric Legrand, directeur de l’équipementier spécialisé Drive Matic Legrand, « une des tendances actuelles est de fournir le véhicule « all inclusive », qui pourra répondre à tous les besoins du handicap. Ce type de véhicule représente un investissement certain mais il est conservé beaucoup plus longtemps par les auto-écoles que les véhicules classiques – un véhicule aménagé pour les handicapés doit être âgé de 10 au maximum. Legrand s’efforce d’accompagner l’auto-école au niveau du financement pour qu’elle puisse mettre le maximum d’équipements et être adapté à tous les cas possibles. » Tout en précisant toutefois que « le tétraplégique lourd, l’amputé des deux bras, ne concernent pas véritablement les auto-écoles. »
Si Éric Legrand constate qu’il n’y a pas eu de révolution dans le matériel proposé, il note cependant que « les équipements évoluent en suivant l’évolution des véhicules (électronique de plus en plus présente, bluetooth, airbags plus rapides et à capteurs d’efforts en fonction de la décélération, multiplexage, fibre optique, reconnaissance vocale…). »
Selon Véronique Cailleton, commerciale chez l’équipementier spécialisé Sojadis, s’équiper de matériel ne signifie pas forcément savoir comment utiliser ce matériel. « C’est pourquoi nous dispensons une formation gratuite aux auto-écoles lorsque nous leur fournissons leurs équipements. Nous leur apprenons à bien connaître et utiliser leurs différents aménagements, leur communiquons les adresses des centres de rééducation fonctionnelle et leur faisons prendre connaissance des textes législatifs importants. »
RÉCEPTION À TITRE ISOLÉ (RTI) : OBLIGATOIRE !Il faut ainsi savoir que le véhicule aménagé doit avoir obtenu soit l’agrément du CNRV (Centre national de réception des véhicules) soit avoir effectué un passage à la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, organisme qui a succédé à la DRIRE, direction régionale de l’industrie, de la recherhce et de l’environnement), afin d’obtenir une réception à titre isolé (RTI), qui est obligatoire. « Sans l’obtention d’une RTI, les écoles de conduite auront de sérieux problèmes avec les assurances en cas d’accident », souligne Véronique Cailleton.
Christophe Susung