Article, Rennes : des pros qui prennent leur futur en main

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Certes, à Rennes où la concurrence est particulièrement vive, les dernières mesures législatives inquiètent. Mais dans l’ensemble, les chefs d’entreprise regardent l’avenir avec sérénité : ils sauront s’adapter.

À Rennes, pour les écoles de conduite, le contexte économique est plutôt favorable. Avec Rennes Métropole, sa communauté d’agglomération qui compte plus d’une quarantaine de communes, la ville est l’une des plus dynamiques de France. Elle se classe 3e pour la croissance démographique et avec plus de 63 000 étudiants, est la 7e ville étudiante de France (hors région Ile-de-France). Dans cet environnement stimulant, les auto-écoles tirent leur épingle du jeu et mettent ce qu’il faut d’énergie pour prouver qu’elles aussi savent aller de l’avant.

Une « cheffe » d’entreprise énergique
Sylvie Lec’hvien apporte la preuve de cet engagement. Elle a créé sa première auto-école en 1994 dans le quartier Sainte-Thérèse. « Je voulais enseigner, dit-elle. J’aurais aimé être institutrice, mais la vie en a décidé autrement ». La vie ?
Pas tout à fait car elle adore les voitures. Quoi de plus normal puisqu’elle est née dans une Aronde, la Simca de son père qui fonçait vers la maternité.
« Tracteur, 2CV, j’ai toujours tout conduit y compris la Mobylette que je piquais à mon frère », raconte encore Sylvie. Après avoir travaillé quelques temps dans l’hôtellerie et fait des petits boulots pour des instituts de sondage, elle se retrouve au chômage et là, c’est le déclic. « À l’ANPE, un conseiller sans doute plus à l’écoute que d’autres, me suggère de passer le Bepecaser. Aussitôt dit, aussitôt fait. Mon diplôme en poche je commence à travailler comme monitrice dans une auto-école de Rennes dont je deviens quelques temps plus tard directrice avant d’être mise à la porte pour… syndicalisme actif ». Six mois de formation à la comptabilité et à la gestion plus tard, Sylvie Lec’hvien monte sa première entreprise. « J’ai ouvert un 2 mai et un an après je m’installais dans des locaux plus grands, avec deux moniteurs, dans le quartier de la gare. Nous sommes en 1995 et au fil des années l’entreprise grandit. Je trépigne de ne pas pouvoir me développer plus vite et attend 2010 et une première opportunité, pour racheter l’auto-école de La Poterie. Mon prédécesseur était seul, nous y sommes aujourd’hui cinq moniteurs et une secrétaire ! » Ce sera ensuite la création de Beaulieu-Jeanne-d’Arc en 2011 et tout récemment l’ouverture d’une quatrième école de conduite, en avril 2015, sur le mail Mitterrand. Et voilà comment, au fil des années, sont nées les ECSR.
À une époque où les chefs d’entreprise sont plutôt frileux, Sylvie, tout au contraire, souhaite créer des emplois. Elle a la passion d’entreprendre chevillée au corps. « Elle s’arrête devant chaque pas-de-porte à vendre et se dit que là, on pourrait monter une nouvelle école », s’amuse, avec cette complicité que l’on sent avec Chrystèle Delamontagne, l’assistante de direction. Cette jeune femme qui a la (lourde) tâche de l’administration et de la gestion des écoles ECSR ajoute : « La grande force de Sylvie, c’est de savoir transmettre, transmettre aux élèves bien sûr, mais aussi transmettre son enthousiasme à ses équipes. » « Chaque agence est autonome, explique encore Sylvie. Elle doit cependant respecter les règles fixées pour l’ensemble des écoles et notamment si le besoin s’en fait sentir, avoir des heures d’ouverture les plus larges possible. Pour ce qui est des places d’examens, leur attribution est cependant centralisée dans les mains de David Petro, le moniteur principal. C’est lui qui a la responsabilité de répartir les élèves en fonction des places attribuées ». « Il n’est pas à plaindre », dit en se moquant gentiment Sylvie qui, beaucoup plus sérieusement, explique : « Nous n’avons aucun problème car nous avons la chance d’avoir un excellent délégué à la formation du conducteur. Proche du terrain, connaissant parfaitement les difficultés auxquelles nous pouvons être confrontées, il a toujours su trouver des solutions. C’est le résultat d’une remarquable concertation avec les auto-écoles et d’une gestion exemplaire des centres d’examens ». Ce coup de chapeau de Sylvie à l’inspecteur principal - chef de pôle « éducation routière » d’Ille-et-Vilaine, Christian Meunier, est partagé par l’ensemble des professionnels rennais.
Peut-on pourtant dire que tous les feux sont au vert dans le petit monde de Sylvie ? « Mon principal souci tient aux difficultés que j’ai à recruter de nouveaux moniteurs. Deux des miens viennent de partir pour la concurrence et comme les postulants aux postes que j’offre, n’ont que l’embarras du choix pour trouver un emploi, ils sont particulièrement exigeants tant pour ce qui est du salaire que pour ce qui est des horaires. Ils sont en position de force et les négociations ne sont pas aisées car je ne veux en aucun cas mettre en danger l’équilibre et le développement des ECSR ».
Il faut dire qu’à Rennes et sur le territoire de l’agglomération Rennes Métropole, la concurrence est vive puisque pour la seule ville intra-muros on compte 45 écoles de conduite. Alors qu’est-ce qui fait la différence entre les unes et les autres. Les taux de réussite aux examens et sur ce point, les ECSR sont parmi les toutes premières. « Sylvie est en permanence sur le terrain, confie Chrystèle Delamontagne. Sa force de frappe, ce sont tout à la fois son relationnel « tous azimuts » et sa bienveillance vis-à-vis des élèves qui viennent de tous les horizons, de toutes les classes sociales. Avec raison, elle affirme qu’ils sont respectables et qu’ils doivent respectés. C’est dans cet esprit que nous travaillons ».
Et cet esprit que saluent tous les collègues de Sylvie Lec’hvien rencontrés à l’image de Nicolas Boisseau qui a ouvert une auto-école en 2012 dans le quartier Beaulieu où est aussi implantée l’une des agences de l’ECSR.
« C’est un quartier à fort potentiel, explique Nicolas Boisseau, car il compte quatre lycées et l’université Beaulieu qui accueille 25 000 étudiants ».

Mettre les nouvelles technologies au service de la pédagogie
Mordu de moto, le jeune chef d’entreprise a fait le tour de France – ou presque – comme moniteur moto. Il a apprécié de pouvoir se confronter aux différentes façons d’aborder l’enseignement des deux-roues motorisés. « J’ai accumulé beaucoup d’expériences par rapport à cet enseignement et à 40 ans, je me suis dit qu’il était temps que je me mette à mon compte, explique-t-il. Malheureusement, dans les années 2010, les inscriptions au permis moto chutent. Je me suis par conséquent tourné vers l’auto et ai trouvé un réel intérêt dans le management. J’ai pu mettre en place un enseignement en adéquation avec mes valeurs qui veulent que l’on dispense une qualité d’enseignement pour les élèves en assurant un échange constant (réunions, binôme d’observation, etc.) entre les enseignants et leurs méthodes d’apprentissage. J’ai cherché en même temps à privilégier le bien-être des moniteurs en étant proche d’eux, en leur offrant des locaux agréables à vivre, en créant, dans l’entreprise, une ambiance conviviale et en leur proposant, enfin, des heures de travail adaptées, c’est-à-dire leur permettant de concilier vie professionnelle et vie personnelle ».

un patron sur-mesure
Ce « patron sur-mesure » fait aussi de l’utilisation des nouvelles technologies, une priorité, non sans émettre une réserve d’importance. « Elles ne doivent pas nous envahir, insiste Nicolas Boisseau. Le principe premier est qu’elles sont à notre service et non le contraire. Ce sont des outils qu’il faut apprendre à maîtriser pour gagner en efficacité. C’est ainsi que nous avons décidé d’utiliser pour le Code, la technologie d’ENPC, mais que nous n’aurions sûrement pas d’aussi bons résultats aux examens (97 % au premier semestre 2015 ) si notre salle de Code n’était pas ouverte tous les après-midi avec la présence d’un moniteur pendant trois heures pour aider les élèves, les corriger, leur expliquer leurs erreurs ». « Il y a beaucoup d’inquiétude dans la profession, poursuit-il, et cela se comprend. Je suis cependant persuadé que nous saurons nous adapter ». Comme beaucoup de ses collègues et Sylvie Lec’hvien en premier lieu, il pense que « délocaliser » l’enseignement du Code et le confier à l’Éducation nationale ou permettre qu’on le prépare en ligne, serait un mauvais coup (financier) porté aux auto-écoles. « Ce sont des solutions qui n’auront pas d’impact sur le budget nécessaire pour passer le permis B, assure Nicolas, et cela pour une seule et bonne raison : l’enseignement du Code est une activité qui permet à nos entreprises d’équilibrer leurs comptes. Si ce n’est plus une source de revenus, nous serons dans l’obligation d’augmenter le tarif de l’heure de conduite. Mais ne faisons pas de plan sur la comète et tournons-nous vers des projets porteurs d’espoirs. Le « Continuum éducatif du citoyen usager de la route » (CECUR) nous ouvre des perspectives intéressantes par exemple. Nous devrons aussi aller chercher d’autres clientèles : les collèges peut-être pour enseigner les premières notions de sécurité routière, les entreprises dans le cadre de la prévention du risque routier, les seniors pour s’assurer qu’ils sont toujours en mesure de conduire sans mettre en danger leur vie et celle d’autrui, etc. ». Les idées ne manquent pas et Nicolas Boisseau est prêt à les creuser. N’a-t-il pas voulu, il y a quelques temps déjà, mettre en place un apprentissage des premiers secours ? Il avait même trouvé des partenaires et s’apprêtait à organiser une session par mois ouverte à ses élèves et à… leurs parents s’ils le souhaitaient. Le projet pour l’instant est en stand by, mais il n’est pas abandonné. « Pour moi, conclut Nicolas, l’école de conduite traditionnelle est dépassée. Nous sommes entrés dans une ère où la qualité et les normes vont primer ». On tend l’oreille, attentif, et l’explication vient immédiatement. « Ma femme, Isabelle, vient de rejoindre notre équipe. Co-gérante, elle est plus spécialement chargée de la gestion administrative. Cependant, qualiticienne de formation, elle a une expertise et pourrait mettre en place une démarche qualitative à tous les niveaux, les locaux, l’enseignement, etc. avec un objectif : améliorer en permanence les services proposés ». Le discours est, pour le moins, novateur : à nouvelle génération, nouvelle conception managériale. 

Un gérant engagé syndicalement
Président du CNPA d’Ille-et-Vilaine, Vincent Rageul, s’inscrit parfaitement dans cette façon de voir son métier et, plus largement, l’avenir de la profession. « Quand après mon diplôme obtenu et trois ans de monitorat à Paris, j’ai décidé de revenir en Bretagne, nous avons, avec ma femme Sophie, racheté une première école, F.C. (Formation Conduite) Bréquigny, dans le sud de Rennes, à côté du lycée. Nous étions en 2000. Nous avons très vite compris que pour vivre et s’assurer de la viabilité de l’entreprise, il fallait avoir un peu d’ambition et d’autres sites. Nous avons cependant attendu de stabiliser notre affaire avant de nous implanter, cinq ans plus tard, à Saint-Erblon, une commune membre de Rennes Métropole à une quinzaine de kilomètres du centre-ville de Rennes où, en 2009, nous avons pu racheter l’école FC TA-Cleunay. Nous étions dans une dynamique qui a amené, en 2014, à acquérir un quatrième site, au sud de l’agglomération rennaise, à Chartres-de-Bretagne ». Le chef d’entreprise fort actif se double d’un syndicaliste qui ne l’est pas moins. « Dès la création de Bréquigny, j’ai décidé de devenir membre du CNPA sur le conseil de mon prédécesseur qui ne cessait pas de me dire : «  Ne t’isole pas ». J’ai pris la présidence du syndicat départemental il y a trois ans et c’est un formidable poste d’observation ». Et que retenir du dernier congrès du CNPA, en mai à Reims ? « Notre profession est en pleine mutation et nous devons l’accompagner, répond Vincent Rageul. Peu importe que les épreuves de Code soient surveillées par d’autres personnels assermentés que les inspecteurs si ces derniers peuvent consacrer plus de temps à l’examen de la conduite. En revanche, la formation à distance des élèves par des structures qui ne possèdent pas de locaux pour recevoir le public ou la possibilité de s’instituer auto-entrepreneur pour enseigner la conduite et cela dans des conditions de concurrence déloyale, nous posent des problèmes, mais grâce à l’énergie de notre président national, Patrice Bessone, et des membres du bureau, nous voyons l’avenir avec optimisme. Il y a quelques raisons pour cela. C’est ainsi que tout ce qui peut améliorer la sécurité routière et faire baisser l’accidentalité chez les jeunes, retient notre attention et en premier lieu la formation continue sur un ou deux ans. Ce serait très bien qu’elle soit mise en place et qu’au cours des « rendez-vous d’expérience » (RVE) nous puissions nous assurer que les conducteurs novices n’ont pas pris de mauvaises habitudes serait une excellente chose. Instituer le CECUR pour le permis B nous paraît fondamental si l’on veut vraiment changer les comportements au volant ». « Je crois ajoute Vincent Rageul, que nous pourrions même, au travers du CECUR, redonner à la profession l’image positive… qu’elle a tendance à perdre auprès du public. » Ce qui est certain, en tous les cas, c’est qu’à Rennes, cette profession attire encore. Vincent Rageul en témoigne. « Les moniteurs-stagiaires que j’ai accompagnés dans leur formation sont des jeunes avec déjà un parcours professionnel derrière eux, dit-il. Ils se sont confrontés aux difficultés que l’on rencontre en début de carrière et s’ils font le choix d’enseigner la conduite, c’est qu’ils en ont vraiment envie. » Si ces futurs enseignants ont l’énergie de Sylvie, les idées novatrices de Nicolas et l’implication professionnelle et syndicale de Vincent, quelles que soient les nouvelles modalités de formation à l’éducation routière et à la conduite, dans la capitale de la Bretagne, les auto-écoles sont  prêtes à prendre leur futur en main avec résolution.                  
Marc Horwitz


Fiches d’identité
Auto-École Les ECSR
Date de création : 1995 (ECSR La Gare), 2010 (ECSR La Poterie, reprise), 2011 (ECSR Beaulieu-Jeanne d’Arc), 2015 (ECSR Le Mail)
Gérant(e) : Sylvie Lec’hvien
Bureaux : 4
Personnel : 20
Formations proposées : B, AAC, formation accélérée, perfectionnement et BA, stage de récupération de points
Véhicules : 14 Peugeot 208 + 1 Peugeot 3008 BA
Inscription : 75 €
Tarifs : forfait 20 heures : 830 € (B) ou 1 205 € (B avec Code et présentation aux examens théorique et pratique) ; 1 494 € (AAC avec rendez-vous pédagogiques) et l’heure de conduite : 41,50 € 

Auto-École Erasmus
Date de création : 2012
Gérant(e) : Nicolas et Isabelle Boisseau
Bureau : 1
Personnel : un directeur (Nicolas Boisseau), 4 moniteurs + Isabelle Boisseau (administration, etc.)
Formations proposées : B, BA
Véhicules : 4 Citroën C4, 1 VW Golf, 1 Mini (BA)
Inscription : 60 €
Tarifs : forfait 20 heures : 1 260 € (B, avec Code en ligne et présentation aux examens) ; 1 540 € (AAC avec rendez-vous pédagogiques) et l’heure de conduite : 40 €

Auto-École FC Bréquigny
Date de création : Août 2000 (FC Bréquigny), Septembre 2005 (FC Saint-Erblon), Octobre 2009 (FC TA LA-Cleunay, Août 2009, reprise), Avril 2014 (FC Chartres De Bretagne)
Gérant(e) : Vincent et Sophie Rageul
Bureaux : 4
Personnel : 15 salariés et 13 moniteurs
Formations proposées : B, AAC, BA + bateau
Véhicules : 15 Peugeot 208
Inscription : 75 €
Tarifs : forfait 20 heures : 810 € (B) ou 1 245 € (B avec Code et une présentation à l’examen de conduite) ; 1 465 € (AAC avec code, rendez-vous pédagogiques et une présentation à l’examen de conduite) et l’heure de conduite : 40,50  €

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