Article, Les étapes pour créer son auto-école

Bookmark and Share

Fonder sa propre auto-école est un pari sur l’avenir. Pour vous lancer dans l’aventure, voici les différentes démarches que vous devrez effectuer. En attendant la loi Macron, qui risque de changer la procédure d’agrément.

Vous avez décidé d’être votre propre patron ? De mettre en place vos propres outils pédagogiques, votre mode de fonctionnement ? Vous n’avez pas peur de travailler 60 heures par semaine pour gagner un SMIC horaire, sauf si vous parvenez à développer un peu votre entreprise ? Alors la fonction de gérant d’auto-école est faite pour vous… Néanmoins, il vous faudra passer par plusieurs étapes.

Les conditions d’agrément
Pour devenir exploitant d’auto-école, il faut remplir un certain nombre de critères. D’abord, être âgé au minimum de 23 ans. Il faut également ne pas avoir été condamné à une peine criminelle, et présenter un bulletin n°2 du casier judiciaire complètement vierge. En revanche, depuis un décret du 28 juin 2011, l’expérience professionnelle de deux ans en tant qu’enseignant n’est plus nécessaire pour devenir gérant. Autrement dit, cela ouvre la porte à des personnes qui ne sont pas issues de la profession. Ils ont cependant obligation, dans ce cas-là, de justifier de l’emploi d’enseignants de la conduite titulaires de leur Bepecaser.
Dans tous les cas, le gérant doit passer une capacité de gestion, sous la forme d’un stage de deux semaines. Ou alors être titulaire d’un certain niveau d’études, à savoir un diplôme d’État de niveau III (en gros, un bac + 2) sanctionnant une formation juridique, économique, comptable ou commerciale. Un CQP (certificat de qualification professionnelle) est également dans les tuyaux, même s’il n’est pas encore totalement officialisé.
Si le gérant doit remplir certaines conditions d’agrément, il doit également trouver un local aux normes définies par l’arrêté du 8 janvier 2001. Sa surface doit être au minimum de 25 m² (sous réserve de changements avec la loi Macron), et il doit être équipé d’une entrée indépendante, d’une salle séparée pour le Code, et de toilettes dédiées à la clientèle. Ne pas oublier également de le rendre accessible aux personnes handicapées ! Et de respecter les normes d’hygiène et de sécurité. Concernant votre statut social en tant que dirigeant d’auto-école, il sera le plus souvent de travailleur indépendant dans le cadre d’une SARL (société à responsabilité limitée). Mais une SAS (société par action simplifiée) est aussi possible. Par ailleurs, toutes les conditions d’agrément pourraient changer, en fonction de l’aboutissement de la loi Macron…

Prospecter pour trouver une affaire
Si vous avez l’ambition de fonder votre entreprise, vous avez deux solutions. Soit en reprendre une déjà existante, soit en créer une de toutes pièces (voir page 27). Dans tous les cas, il vous faut prospecter sur la zone de chalandise que vous ciblez, faire une étude de marché. Et tous les moyens sont bons. « Pour créer mon auto-école il y a un an et demi, je me suis servi de tous les outils à ma disposition pour étudier mon potentiel de clientèle », relève Boris Colart, gérant à Beauvais. Pour ce faire, il a fait des calculs. Par exemple en étudiant la concurrence. Sachant que dans sa ville il y avait une vingtaine d’auto-écoles pour une quarantaine de moniteurs, il s’est dit qu’il ne serait pas de trop. Selon lui, un moniteur peut assurer une centaine de contrats à l’année. Soit, pour Beauvais, 4 000 contrats, alors que les jeunes âgés de 18 à 25 ans étaient au nombre de 25 000. Et si Boris Colart est comptable de formation, pas besoin d’être un savant économiste pour voir qu’il y avait « de la place pour tout le monde ». Pour Joël Cassegrain, vice-président de l’UNIC et directeur de la Poitevine, un centre de formation à Poitiers, « il faut également regarder le nombre de F2 – F3 dans le quartier, car il n’y a jamais d’ados de 16/18 ans dans ce type de logements ».
Mais alors, où trouver les données ? L’INSEE est une source utile et fiable pour avoir des statistiques sur une ville. Il existe également des sources locales, comme le cadastre, notamment si vous voulez étudier la population et la démographie par quartier. Boris Colart admet même s’être payé le luxe d’aller directement frappé à la porte du lycée voisin de son auto-école ! « J’ai été voir le proviseur, qui m’a expliqué qu’ils avaient 1 300 élèves, de la seconde au BTS. C’était très important, car je travaille beaucoup en fonction du lycée. »
L’emplacement est bien-sûr essentiel. Au-delà du nombre d’auto-écoles présentes dans le même secteur, vous pouvez regarder le nombre de commerces « attractifs » : la boulangerie en est une par exemple, et il est intéressant pour une auto-école d’être située à côté. Il y a également certaines choses à bien regarder, comme l’endroit où vous pouvez garer vos voitures si vous êtes situé en centre-ville : s’il est prévu d’installer une zone piétonne ou vous prévoyez de vous installer, cela peut devenir très problématique. Ou encore vérifier si vous avez la possibilité de rentrer vos deux-roues si nécessaire, dans le local ou un garage, pour ne pas avoir à les laisser dehors la nuit par exemple.  D’ailleurs, si vous souhaitez faire de la moto, il ne paraît pas incongru de se renseigner sur la possibilité d’utiliser une piste adaptée à la moto.
Si les futurs gérants n’hésitaient pas, il y a quelques années, à consulter les organisations professionnelles avant de se lancer, ce ne semble plus trop être le cas aujourd’hui. « Les gens ne viennent plus nous voir avant d’ouvrir pour se faire conseiller », déplore Philippe Malpièce, secrétaire général du CNPA. 

Le financement et l’équipement
C’est sûrement la partie la plus délicate : trouver le financement et convaincre les banques du bien-fondé de son projet. « Elles ont un peu de mal à prêter, remarque Frédéric Martinez, directeur d’ECF. Il faut amener quelques garanties, déposer de l’argent sur un compte en cas de banqueroute. Aujourd’hui, il est quasiment impossible de se lancer sans un pécule de départ. » Il faut compter en moyenne 20 à 30 % d’apport. En gros, un tiers de ce que vous empruntez. Car il faut non seulement acheter le fonds de commerce – si vous reprenez une affaire –, mais également le matériel pédagogique et le mobilier pour équiper votre local. En général vous louerez les murs. Si vous les achetez, il faudra passer devant un notaire. Même si les taux d’emprunt n’ont jamais été aussi bas, les banques prêtent en priorité à ceux qui ont de l’argent… Elles peuvent même vous demander d’hypothéquer votre bien immobilier personnel.
Mais pour vous donner un coup de pouce, il existe tout de même certaines aides pour les créateurs d’entreprises. Certes, cela ne va pas chercher bien loin mais c’est toujours ça de pris. Il y a notamment l’ACCRE (aide aux chômeurs ou créateurs d’entreprise). Pour en bénéficier, il faut être demandeur d’emploi et monter un dossier assez fourni. Cette aide financière se matérialise par un abattement sur les charges lors de votre première année d’exercice. Boris Colart a notamment pu en bénéficier. « Pour me tirer un SMIC par an (environ 1 200 euros), je devais 6 000 euros au RSI (régime social des indépendants). Grâce à l’ACCRE, avec mon co-gérant, on a payé 1 200 euros chacun la première année. » Une économie salutaire pour lancer son affaire.
Autre point : si vous étiez inscrit à Pôle Emploi, vous pouvez également voir maintenir vos allocations chômages comme créateur d’entreprise. Ce qui compense, le cas échéant, le fait que vous ne puissiez pas forcément vous tirer de salaire tout de suite ! Pour vous aider dans vos recherches de financement, vous pouvez solliciter la chambre de commerce. Boris Colart a même reçu l’aide d’une association locale de créateurs d’entreprise, dans l’Oise, qui lui a accordé un prêt à taux zéro de 8 000 euros. Une petite astuce intéressante, mais sur laquelle il ne faut pas compter. D’ailleurs, avant de vous attribuer une aide, on vérifiera que votre dossier soit viable… même si on vous la refuse.

Se faire connaître
Bien sûr, il faut aussi prévoir de sortir un peu d’argent pour se faire connaître. Au niveau local, les encarts publicitaires peuvent être intéressants, ou encore la traditionnelle distribution de flyers dans les zones qui abritent un certain potentiel de clientèle. Attention toutefois aux arnaques en tous genres, car quand vous ouvrez une entreprise quelle qu’elle soit, les sollicitations sont nombreuses. Certaines auto-écoles ont notamment été la cible d’arnaque aux encarts publicitaires dans des plans de ville jamais distribués. 
Ce qui touche désormais le plus large public, c’est bien entendu la communication électronique. Faire un site Internet paraît aujourd’hui incontournable, mais il paraît également indispensable d’être présent sur les réseaux sociaux. Et d’être bien placé sur les Pages Jaunes. Même si, pour cette mise en avant, le célèbre annuaire en ligne a tendance à pratiquer des tarifs onéreux, les élèves passent encore très souvent par-là pour trouver leur auto-école. Ainsi que le traditionnel bouche-à-oreille, qui lui n’a pas de prix.

La demande d’agrément
Le Graal, à savoir l’agrément préfectoral, est la dernière démarche à effectuer. Précision importante : votre local doit être entièrement prêt et équipé au moment de la demande d’agrément. Ce qui implique une chose importante. Tous vos investissements doivent être réalisés avant votre demande d’agrément. Vous devez également mettre sur la table une avance pour le RSI équivalant à un exercice complet. 
Mais si vous remplissez toutes les conditions d’agrément, rassurez-vous, aucune raison qu’on vous le refuse. Théoriquement, le préfet accuse réception de votre demande dans le mois qui suit. Et vous informe des éléments manquant à votre dossier. Si, dans les deux mois, aucune réponse ne vous a été donnée, cela équivaut à un refus. Pour valider votre dossier, la CDSR (commission départementale de sécurité routière), où siègent les représentants de la profession, joue un rôle consultatif et organise une visite de vos locaux pour voir s’ils sont aux normes. Si c’est le cas, un numéro d’agrément vous est attribué. La fin d’un parcours du combattant !
Néanmoins, la CDSR a de fortes chances d’être supprimée avec la loi Macron puisque le gouvernement juge « anormal » que des professionnels donnent leur avis sur l’installation de leurs concurrents. Mais au vu de l’augmentation du nombre d’auto-écoles ces dernières années, on ne peut pas dire que les CDSR aient été un frein à la création d’entreprises !
L. L.


Le local devient-il obsolète ?
Quand vous fondez votre auto-école, vous n’achetez plus seulement un « pas-de-porte » comme ce pouvait être le cas auparavant. D’ailleurs, il est rare qu’une école de conduite soit propriétaire des murs, avec le local et un appartement attenant au-dessus. « Je trouve archaïque de raisonner encore en pas-de-porte, lâche Jean-Luc Pégat-Toquet, président du groupe Ixio. En moto et en permis B, les auto-écoles ont souvent une approche du marché dépassée. Aujourd’hui, l’élève ne veut pas seulement un service de proximité. Il veut pouvoir s’inscrire à l’auto-école le dimanche soir à 23h59. » Autrement dit, développer des services en ligne est devenu presque aussi indispensable que d’avoir un local.
Ce dernier serait-il pour autant devenu obsolète ? Il faudra attendre le vote définitif de la loi Macron, qui berce d’incertitude l’avenir de la profession, pour le dire. Mais il est assez probable qu’un jour, un modèle d’école de conduite sans local sorte de terre, avec une « centrale d’achat » en ligne... En tout cas, il ne faut d’ores et déjà pas négliger le référencement de son enseigne dans les moteurs de recherche. « Vous pouvez avoir le meilleur référencement du monde, si vous êtes situé loin de tout, l’élève rechignera à s’inscrire »,
tempère pourtant Joël Cassegrain, vice-président de l’UNIC. Histoire de rappeler l’importance du local.


Devenir patron, c’est pas pour faire fortune !
Si le grand public ne s’en rend pas vraiment compte, devenir gérant d’auto-école n’est pas le meilleur chemin à prendre pour s’enrichir. Selon un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) qui date de mars 2013, un patron d’école de conduite gagne en moyenne 1877 euros net mensuels, soit 1,8 fois le SMIC. Ce que ne dit pas le rapport, c’est qu’en termes de taux horaire, cela équivaut à un SMIC. C’est finalement sur un volume d’heures de travail très important qu’un gérant peut espérer « bien » gagner sa vie. Néanmoins, et c’est la note un peu plus positive, ce même rapport de l’IGF relève que les 25 % de gérants les mieux rémunérés déclarent un revenu d’environ 3 044 euros. À ce prix-là,
ça vaut un peu plus le coup !

Réalisé par Agence Web Conseil