Article, Élèves et moniteurs : des liaisons dangereuses?

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Comme dans tout milieu professionnel, l’auto-école est parfois le théâtre de rencontres amoureuses. Mais quelles limites les gérants peuvent-ils fixer ?

Début avril, un moniteur quadragénaire était poursuivi par un tribunal de l’Aveyron pour « corruption de mineurs » sur deux élèves âgées de 16 ans et demi*. Il entretenait des relations avec elles, a priori consentantes. Il est cependant reproché à l’enseignant d’avoir récupéré leurs téléphones et adresses mails dans les dossiers de l’établissement. Et donc d’avoir abusé des avantages conférés à son statut.

Sujet tabou
Des enseignants de la conduite qui draguent ouvertement leurs élèves, cela peut parfois arriver. Mais dans la profession, le sujet est un peu tabou. Certes, la plupart se gardent bien de faire des propositions à des mineures. Cela veut-il dire pour autant que tout devient permis à partir de 18 ans ? Pas vraiment, car il en va de la réputation et du professionnalisme de l’entreprise.
« J’ai fait inscrire dans mon règlement intérieur que les relations entre moniteurs et élèves étaient strictement interdites », fait savoir Marc-Antoine de Beaumont, gérant d’auto-école à Colombes (Hauts-de-Seine). Par expérience, il sait que ces situations peuvent devenir perverses. « Un enseignant ne doit pas profiter de son métier pour obtenir des faveurs, tranche-t-il. D’autant qu’il peut promettre des heures de conduite au rabais, ou encore une facilité pour l’accès aux épreuves. Et là, on rentre carrément dans le marchandage malsain. » 
La promiscuité à l’intérieur de l’habitacle favorise parfois le rapprochement entre élève et moniteur. Et certains gestes peuvent même prêter à confusion, sans qu’ils soient pour autant assimilables à des attouchements, comme une main sur le genou ou la cuisse pour effectuer une manœuvre. Mais le moniteur séducteur n’est-il donc qu’un mythe ? Marc-Antoine de Beaumont raconte qu’un de ses collègues, gérant à Asnières (92), avait licencié trois de ses moniteurs un peu trop coureurs. « Ils s’amusaient à faire le concours de celui qui couchait avec le plus d’élèves, note le jeune patron d’école de conduite. Finalement, ils ont attaqué leur employeur aux prud’hommes et il a perdu, parce qu’il n’avait pas assez de preuves. » D’où l’intérêt, dans ce type de cas, de préciser au préalable l’interdiction des relations entre élèves et enseignants dans leur contrat. Et de pouvoir prouver la faute le cas échéant.

Elèves dragueurs
A contrario, ce sont parfois les élèves qui « aguichent » leurs moniteurs, au point que ceux-ci représentent pour elles une sorte de « fantasme ». Dès le Bepecaser, les futurs enseignants sont briefés. « On nous dit que les élèves draguent souvent, qu’il faut faire attention. Et on se rend compte sur le terrain que c’est une réalité », témoigne un enseignant. Certaines demoiselles n’hésitent pas à s’habiller de manière suggestive lors d’une leçon avec un moniteur pour lequel elles ont le béguin. « J’ai même vu une jeune fille venir à l’auto-école, un jour, habillée normalement, et retirer la majorité de ses vêtements au moment de monter dans la voiture avec mon collègue », raconte une monitrice incrédule.
Aux enseignants de mettre les distances, fixer les limites, et lever toute ambiguïté. Même si, parfois, elles sont difficiles à lever. « Il m’est arrivé d’être troublé par une élève pour laquelle j’éprouvais une attirance, raconte Marc-Antoine. J’ai alors demandé moi-même à la secrétaire de ne plus me donner de leçons avec elle. Il en allait de ma crédibilité. » 
Si on parle beaucoup des hommes, dragués ou dragueurs, les monitrices sont elles-aussi concernées ! Louisa Khat- tab, jeune gérante d’auto-école à Toulouse, dit faire face tous les jours à des approches, plus ou moins élégantes. « Je reçois énormément de propositions tendancieuses, quasiment une par jour, témoigne la chef d’entreprise de 24 ans. Soit par des SMS, tard dans la soirée, qui n’ont rien à voir avec le boulot, soit par des allusions ou des demandes étranges, voire même des bouquets de fleurs. Je sais par exemple que certains élèves ne veulent venir qu’avec moi en leçon, et ils me font savoir pourquoi. Je ne peux pas totalement les envoyer sur les roses car ce sont mes clients, alors j’opte souvent pour l’indifférence. »

Éviter les familiarités
Certaines familiarités peuvent induire des quiproquos qui n’ont pas lieu d’être. La plupart du temps, pour mettre l’élève à l’aise, le tutoiement devient la règle. En revanche, il arrive que les gérants refusent que leurs salariés leur fassent la bise. Ou encore qu’ils s’échangent leurs numéros de portables. En outre, avec les réseaux sociaux, « les élèves savent pas mal de choses sur notre vie, si on est en couple ou pas, et ça influe sur leur comportement », remarque Louisa.
D’autres patrons sont plus permissifs, partant du principe qu’un coup de foudre est toujours possible. « Mes employés gèrent comme ils veulent du moment que cela ne gêne pas leur travail », explique Wilfrid sur la page Facebook de La Tribune des auto-écoles. Nicolas Lhéritier, enseignant en Poitou-Charentes, a trouvé l’âme-sœur parmi ses élèves. « On s’est marié et on a un enfant », savoure-t-il. Si l’auto-école n’a rien d’une agence matrimoniale, les rencontres amoureuses demeurent assez fréquentes. Ceux qui veulent s’éviter tout problème fixent une limite : rien ne se passe avant l’obtention du permis. Comme ça, tout le monde est content.
L. L.

* le moniteur a mis fin à ses jours le 6 avril dernier.

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