Article, Chartres : dispenser des heures de bonne conduite !

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À Chartres (Eure-et-Loir), les mauvais chiffres annuels de la sécurité routière pour le département n’alarment pas à court terme les enseignants de la conduite. Contrairement aux lacunes des nouvelles générations de moniteurs qui arrivent dans le métier.

Opter pour l’Eure-et-Loir dans le but de passer le permis B revient à choisir pour un département affichant un taux de réussite significativement supérieur à la moyenne nationale. En 2014 en effet, celui-ci culmine à 63,83%, soit plus de 3% de plus que pour l’ensemble du territoire français. L’écart atteint même 6% lorsque l’on s’intéresse exclusivement aux premières présentations. Hélas, si les Euréliens s’avèrent bons élèves, cela ne masque pas la hausse récente de l’accidentologie. Entre 2013 et 2014, le nombre d’accidents recensés en Eure-et-Loir a grimpé de 9%, soit près de quatre fois plus que la moyenne nationale sur la même période.
Pour autant, la baisse tendancielle que l’ensemble du territoire connait depuis 10 ans va dans le sens de la sécurité routière. À Chartres, cette évolution encourageante incite les acteurs de la profession à ne pas s’alarmer sur les statistiques récentes, mais les amène à évoquer leurs craintes sur la nouvelle génération de moniteurs. Pas suffisamment formés, peu encadrés par la législation, guère motivés et trop nombreux, tels sont les principaux défauts que les auto-écoles chartraines que La Tribune des Auto-Écoles a rencontré ont pointé à propos de leurs successeurs. Depuis un an et demi, 5 auto-écoles ont vu le jour à Chartres, portant à 14 le nombre d’établissements actuellement implantés au sein de l’agglomération. Autant de constats allant au détriment de la pédagogie mais forgeant une certitude : peu importe la méthode, le moment est venu de remettre les pendules… « à l’Eure » !

La boîte manuelle, c‘est pas automatique !
À l’ombre de l’église Saint-Pierre, à un emplacement stratégique à quelques pas du lycée Marceau – un des plus fréquentés de la ville avec plus de 1 500 élèves – se trouve l’auto-école CIR+ Battendier. Fondée en 1965, elle est « l’une des plus anciennes auto-écoles de Chartres », se plaît à rappeler Julia Lobo, directrice de cet établissement se voulant à taille humaine. Certes, certaines catégories de permis – la moto en particulier – ont subi une baisse significative du nombre de candidats ces dernières années. Au total, 2 505 personnes ont présenté l’une des catégories du permis A en 2014, soit une perte de 200 examinés comparativement à l’année précédente. Cependant, ces données ne sont pas pour déplaire pas à Julia Lobo qui concède une volonté de rester petit.
« Au départ, nous faisions beaucoup de permis moto, mais la concurrence s’est accentuée et nous avons décidé de prendre du recul. En 1991, nous avions 120 inscriptions moto contre une quinzaine seulement cette année. Ceci étant, notre moniteur moto est satisfait de pouvoir se consacrer à peu d’élèves pour leur prodiguer une meilleure formation » explique la directrice, qui ajoute que l’auto-école Battendier à la spécificité d’être la seule enseigne eurélienne à proposer une formation pour personnes à mobilité réduite grâce à l’investissement de longue date consenti par le gérant dans l’acquisition d’une voiture automatique. « Cela coûte cher pour peu d’élèves au final, mais c’est une manière de nous démarquer allant dans le sens de notre volonté d’offrir l’accès au permis à tout le monde », justifie Julia Lobo.

Un défenseur de la boîte auto
De son côté le gérant, Claude Battendier, s’occupe des affaires de l’enseigne à distance. S’il n’est pas monté dans une voiture à doubles commandes pour enseigner depuis longtemps, celui-ci se souvient avec nostalgie de la méthode novatrice qu’il avait expérimentée en 1996. Fervent défenseur des boîtes automatiques auxquelles l’ont initié des amis américains, le patron raconte, entre fierté et regret, ce qu’il présente comme son plus fameux fait d’armes.
« Nous avions lancé une nouvelle méthode d’apprentissage qui consistait à dispenser les premières leçons de conduite sur un véhicule automatique avant de passer à la boîte manuelle. Cette initiative avait même intéressé l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS) au point de venir nous observer », retrace Claude Battendier avant d’exposer les vertus d’une telle formule, proposée à l’époque en option aux élèves. « L’intérêt est de diminuer la charge mentale de l’élève liée à la manipulation technique du véhicule, et donc son stress, pour qu’il se concentre pleinement sur l’observation de la route. Cette appréhension de l’environnement est la base fondamentale de la conduite mais aussi l’une des plus grandes difficultés de l’apprentissage. Les premières leçons sont celles où l’on enregistre le plus d’informations sous l’effet de la découverte et de l’excitation qu’elle génère. Il m’apparait ainsi nécessaire de consacrer celles-ci à l’appréciation des conditions de circulation ». Au bout de quelques mois, l’expérience a néanmoins dû être abandonnée, la faute à un manque de véhicules et au scepticisme des moniteurs et à leur attachement envers la formation classique. Navré par cette conclusion en dépit des premiers résultats qui paraissaient probants, le gérant reste aujourd’hui très étonné du retard de la France sur les États-Unis en matière de conduite alors que tout s’automatise dans les autres secteurs. « C’est regrettable car le nombre d’accidents diminuerait fortement mais les Français sont habitués à vouloir tout contrôler ».

Concilier pédagogie et technologie
Au CER Goulay, structure la plus importante du département, pas de voiture à boîte automatique. En revanche, l’accent est mis sur la technologie et à ce titre, Olivier Goulay, gérant de l’auto-école et président du CNPA Eure-et-Loir, a choisi de s’équiper d’un simulateur de conduite. « Nous sommes la seule enseigne de Chartres à disposer de cet outil. Même s’il n’est pas forcément adapté à tous les élèves, il présente l’avantage de les soulager du stress de la circulation. Les retours sont bons et nous faisons même des évaluations sur cet appareil », explique-t-il. Aujourd’hui, les leçons sur simulateur sont même incluses au forfait 23 heures proposé par le CER. Au total, 5 heures de conduite sont dispensées sur ce dispositif afin que tout le monde soit logé à la même enseigne. Financièrement, l’intégration au forfait de ces séances est permise grâce à une remise quantitative de la part de l’établissement pour revenir à des prix plus abordables. Concrètement, seules les 18 heures de conduite en circulation sont facturées en plein tarif.
Hormis le simulateur, l’auto-école Goulay s’appuie également sur des stations Angel-Code et le Prépacode, lequel représente la seule formation à distance proposée par l’établissement. Ce choix traduit toute la méfiance d’Olivier Goulay envers les auto-écoles en ligne. Le dirigeant s’avère même plutôt véhément à l’évocation de ces structures et notamment d’Ornikar : « ce qu’ils font est totalement déguisé. Le principe du bénévolat est fou et même l’État est perdant puisque ces gens ne paient ni TVA, ni charges sociales ! Mais si cela convient aux politiques, je vais faire pareil ! Je revends le local à ma secrétaire et lui loue pour le montant de son salaire, comme ça je n’ai pas de charges, et je fais payer les leçons en fonction du prix de location du véhicule doubles commandes ! ».
Parallèlement, le gérant du CER se montre soucieux de la baisse de la qualité de la formation, due selon lui à la hausse trop importante du nombre d’auto-écoles combinée au faible niveau actuel du Bepecaser, beaucoup trop théorique et focalisé sur l’aspect réglementaire de la conduite à son goût, lui qui se souvient de jours plus heureux pour la prévention routière.
« Ça nous est arrivé de faire des actions de sensibilisation avec des voitures tonneau et autres. Mais on en fait moins, hélas. Le PDASR (Plan départemental d’action et de sécurité routière)a moins de budget à cause de la conjoncture actuelle et donc moins de possibilité de nous aider dans ce sens, déplore-t-il. Aujourd’hui, ce genre de prévention est surtout réservé pour des manifestations de grande envergure. En plus, c’est devenu très réglementé, ce qui n’aide pas le développement de ces précieuses formations extérieures aux auto-écoles. Idem pour les voyages-école qui ne se font plus que par regroupements régionaux ».

L’aspect primordial de la proximité
Un manque de prévention que regrette également Mélanie Cauchoix, gérante de l’auto-école de la Gare, qui reste préoccupée par le fait que l’on n’insiste pas suffisamment sur les risques. C’est pourquoi il faut selon elle plus de concret concernant l’alcoolémie, la vitesse et les autres principaux facteurs d’accidents. Dans cette optique, elle s’attèle à faire participer régulièrement ses élèves à des stages sur piste glissante, même si elle n’en a pas la possibilité autant qu’elle le souhaiterait. « Cela devrait être partie intégrante de la formation. On parle d’inclure les premiers secours à l’apprentissage, c’est très bien, je suis pour à 100%. Mais il faut aussi se pencher sur les questions de prévention », déclare-t-elle avant d’évoquer la baisse qualitative des enseignements actuels et notamment au manque de pédagogie dont ces derniers font souvent preuve.

L’art d’être disponible
Depuis qu’elle a repris cette auto-école en 1997, Mélanie Cauchoix met un point d’honneur à se montrer disponible et proche de ses jeunes clients. « C’est une petite structure, ce qui est un choix délibéré de ma part, concède-t-elle. Cela m’autorise à accorder plus de temps à chacun de mes élèves, de m’intéresser à eux et de travailler sur l’aspect psychologique de l’apprentissage ». Elle est fière de conserver une méthode « à l’ancienne » qu’elle juge « plus efficace que celle des usines à gaz que sont les grosses entreprises du secteur ». Sans oublier le lien qu’elle tisse avec ses apprentis qui le lui rendent bien. Pendant notre entrevue, un jeune homme fraîchement reçu à l’examen du permis de conduire est d’ailleurs venu remercier sa monitrice et lui demander combien de temps le certificat d’obtention du permis faisait foi en attendant de recevoir le document original. Une fois la réponse donnée, Mélanie Cauchoix a repris son discours pour expliquer sa vision de la formation : « On essaye avant tout d’enseigner la sécurité routière. Nous organisons des voyages-école à la journée en Normandie, en direction de Deauville. C’est une immersion aussi utile que nécessaire dans ce qu’est la vraie vie d’un conducteur entre carte routière, GPS et lieux inconnus ».
L’arrivée de la concurrence, et plus particulièrement celle des auto-écoles en ligne, n’effraie pas cette défenseuse de la vieille école qui pense que s’il faut savoir vivre avec son temps, tout le monde n’ira pas vers ces nouvelles structures. « Il existera toujours une clientèle avec un besoin de contact humain. C’est une catégorie dans laquelle je m’inclus et je suis persuadée que la qualité de la formation classique perdurera », affirme-t-elle en précisant que son établissement « propose la possibilité de s’entraîner au Code de la route en ligne en complément de la formation ».
Un optimisme partagé par Olivier Goulay, lequel se félicite de la solidarité des auto-écoles chartraines, permettant de « laisser passer les « brebis galeuses » et de travailler dans le sens de la sécurité routière ». De quoi entretenir l’espoir de lendemains meilleurs sur les routes d’Eure-et-Loir.
Benjamin Vidal


Une prolifération des auto-écoles fantômes
Si les délais d’attribution des places d’examens ne suscitent guère de revendications en Eure-et-Loir, un problème est néanmoins apparu depuis plus d’un an : l’ouverture de nombreuses boîtes aux lettres émanant d’auto-écoles extérieures au département, désireuses de diminuer le temps d’attente pour présenter leurs élèves.
« C’est surtout la région de Dreux qui est impactée par cette dérive, constate Olivier Goulay. Au niveau du Comité local de suivi, nous essayons de réguler la méthode d’attribution des places en collaboration avec la Direction départementale des territoires (DDT) ». À ce titre, des contrôles pédagogiques sont lancés vers les établissements suspects afin de vérifier que des inscriptions sont bien réalisées à leur adresse et pas uniquement transférées depuis des locaux extérieurs, généralement basés en région parisienne. Dans le cas où une auto-école fantôme est débusquée, celle-ci « risque une sanction allant d’une suspension de l’agrément à une fermeture définitive », précise le président du CNPA eurélien.


Fiches d'identité
Auto-école CIR+ Battendier
Année de création : 1965.
Gérant : Claude Battendier.
Bureaux : 1.
Employés : 6.
Véhicules : 6 Peugeot 208 (dont 1 avec boîte automatique et adaptable aux PMR), 3 motos (600 cm3, 500 cm3 et 125 cm3) et 1 scooter.
Formations : Permis A, A1, A2, AM, B, BEA, AAC, formation pour handicapés.
Inscriptions : 300 élèves par an toutes catégories confondues, 15 élèves par an en moto.
Tarifs : 1 295 euros pour le permis B ; 1 495 euros pour l’AAC ; 900 euros le permis moto (Code et conduite).

Auto-école CER Goulay
Année de création : 1975.
Gérant : Olivier Goulay.
Bureaux : 3.
Employés : 11.
Véhicules : 9 Renault Captur, 5 motos (dont une 125 cm3 automatique), 5 scooters.
Formations : Permis A, A1, A2, AM, B, AAC, B96, formation entreprises, formation en milieux défavorisés (EREA et ESAT), perfectionnement.
Inscriptions : 800 élèves par an toutes catégories confondues.
Tarifs : 1 200 euros pour le permis B ; 1 330 euros pour l’AAC ; 800 euros le permis moto (Code et conduite), 700 euros le permis (sans le Code), 44 euros l’heure de conduite.

Auto-école de la Gare
Année de création : 1997 (reprise).
Gérant : Mélanie Cauchoix.
Bureaux : 2.
Employés : 2.
Véhicules : 3 Volkswagen Polo.
Formations : Permis B et AAC.
Inscriptions : 100 élèves par an toutes catégories confondues.
Tarifs : 1 270 euros pour le permis B (forfait 20 heures, évaluation incluse) ; 1 468 euros pour l’AAC ; 43 euros l’heure de conduite.

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