Article, Angers : une certaine douceur angevine

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Dans la capitale de l’Anjou où la moitié de la population a moins de 30 ans, les gérants d’auto-école se posent, comme partout en France, des questions sur leur avenir. Mais ils ne perdent ni leur optimisme, ni leur détermination à se battre pour développer leur activité.

Qui n’a pas entendu parler de la « douceur angevine » ? Chantée par le poète Joachim du Bellay au 16e siècle, elle est aujourd’hui ancrée dans l’inconscient collectif. Elle définit avec un certain bonheur le val de Loire, un site inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco et dont Angers, capitale de l’ancienne province d’Anjou, est l’une des villes phares. Son château est l’un des fleurons de son patrimoine architectural et mobilier, mais l’abbaye Toussaint qui est devenue le musée David d’Angers consacré à l’œuvre du sculpteur angevin (1788-1856), l’hôtel dit du Roi de Pologne, belle demeure de la seconde Renaissance ou encore ce chef d’œuvre de l’Art Déco qu’est la Maison bleue construit entre 1927 et 1929, méritent une visite tout comme l’hôpital Saint-Jean, remarquable bâtisse du 12e siècle dont la salle des malade accueille le Chant du Monde, l’une des pièces maîtresses de Jean Lurçat, tandis que l’ancien orphelinat abrite l’une des plus importantes collections de tapisseries contemporaines au monde.
Si Angers trouve ses racines dans son passé, c’est aussi une ville du 21e siècle. Économiquement, elle se développe autour de quatre secteurs d’activité principaux. Le premier est dédié au végétal et à l’environnement avec Vegepolys, un pôle de compétitivité qui est une référence mondiale en terme d’innovation végétale et le réseau compte de plus de 350 membres. Le deuxième est spécialisé dans l’électronique et le numérique avec en particulier la Cité de l’objet connecté et un territoire labellisé French Tech. Il participe largement au rayonnement de la ville en Europe et dans le monde. Angers est également reconnue pour ses compétences en santé et en biotechnologies. Enfin, il existe dans la ville un important pôle d’enseignement et de recherche qui compte quatre campus et 30 000 étudiants. Un chiffre élevé quand on dénombre 270 000 habitants pour la communauté urbaine Angers Loire Métropole qui regroupe 34 communes et 150 000 habitants dont près de la moitié a moins de 30 ans, pour la ville d’Angers.

Une concurrence saine
Cette jeunesse est un atout pour les très nombreuses auto-écoles. La concurrence, en effet, est forte dans la capitale de l’Anjou où les grands groupes sont très présents et sans doute débordés au point, pour ce qui est de la direction d’ECF, de ne même pas répondre aux demandes de rendez-vous des journalistes. Heureusement que les professionnels indépendants sont plus accueillants à l’exemple de Belinda Petit et Tristan Schmitt associés de Let’s Go. Dans la rue Saint-Lazare, la rue principale du quartier Saint-Lazare-Bichon, un quartier populaire de la rive droite de la Maine, où ils sont installés, il existe deux auto-écoles. « Cela ne nous pose aucun problème et nous vivons en bonne entente avec nos voisins de Conduite 49 », disent-ils d’une même voix. À deux pas de chez eux, il est vrai, il y a plusieurs grands lycées généraux et professionnels. « En rachetant en 2014 cette affaire dans laquelle nous étions tous les deux salariés, nous savions que nous n’aurions aucun problème pour nous développer », explique Tristan. À 44 ans, il a d’ailleurs une assez courte carrière dans le monde des auto-écoles puisqu’il est devenu moniteur il y a six ans seulement. Avant cela, il a beaucoup baroudé, travaillant dans la restauration un peu partout en France avec une prédilection pour les villes touristiques de bord de mer. Il a également travaillé dans un atelier de carrosserie automobile en Vendée après avoir passé son CAP et est devenu transporteur indépendant.

Oui à l’électrique !
Belinda a eu, quant à elle, une vie plus calme. Sans doute trop, à l’écouter. Elle a essentiellement fait de la comptabilité. Avec une grande moue significative, elle avoue que « c’était pas [son] truc ». Alors quand elle a l’occasion de passer son Bepecaser en 2006, elle n’hésite pas une seconde. Visiblement, c’est aujourd’hui une jeune femme épanouie même si avec Tristan, ils ne sont pas sans se poser des questions sur l’avenir. « Dans notre business plan, nous avions prévu d’embaucher un(e) salarié(e) en fin de deuxième année d’exercice, expliquent-ils. Ce ne sera pas possible. La « loi Macron » a créé trop d’incertitudes. Nous continuerons par conséquent à travailler avec des auto-entrepreneurs qui, pour les leçons de conduite, utilisent nos véhicules. » Belinda et Tristan exercent aussi en partenariat avec Pascal Mousseau, gérant de l’auto-école Hexagone, pour les permis moto. Et maintenant, ils cherchent de nouvelles voies pour assurer la pérennité de Let’s Go. Ils vont proposer des formations au permis BE et B96 parce qu’ils ont de la demande et surtout ils envisagent de « passer à l’électrique ». « Ce sera sans doute la prochaine étape pour nous, disent-ils. La mairie installe des bornes de recharge à proximité et nous ne désespérons pas qu’il y en ait bientôt une aussi sur le parking de la crèche Saint-Lazare où nous garons nos véhicules. Nous saurons saisir cette opportunité et nous ouvrir vers une nouvelle clientèle, peut-être un peu plus âgée, mais qui sera intéressée par l’apprentissage à la conduite sur un véhicule à boîte automatique. »

Une piste privée pour la moto
Pour sa part, Jean-François Franik, dit Jeff, serait aussi prêt à se laisser convaincre par la voiture électrique. À 39 ans, le gérant d’AMJ, une auto-école installée en face du Marché d’intérêt national (MIN), a cependant bien d’autres priorités et  idées pour développer son entreprise. Il n’en est de toutes les façons pas à son premier coup d’essai. « Quand, en 2009, je me suis installé à la sortie de la ville, avenue Jean Joxé, ce n’était pas gagné d’avance. Surtout, je n’avais pas de plan B me permettant de me rapatrier vers le centre. Aujourd’hui, le pari est gagné. AMJ est une des moto-écoles les plus actives d’Angers. » Jean-François, en effet, a su se faire une excellente réputation dans l’enseignement de la moto. « C’est vraiment ma spécialité et ma passion, dit-il. La circulation automobile en ville étant de plus en plus difficile, les deux-roues ont le vent en poupe et c’est ce qui explique aussi le succès de nos formations. Nous disposons d’une piste privée, ce qui garantit un apprentissage en toute sécurité. Nous sommes extrêmement attentifs aux problèmes de sécurité parce que nous sommes parfaitement conscients que les motards, plus que tous les autres usagers de la route, doivent respecter les règles. »

Savoir se remettre en question
Jean-François Franik estime que la réforme du permis A2 ou la mise en place d’un permis progressif et de formations post-permis sont plutôt des bonnes choses. « Cela nous oblige à nous remettre en question, confie-t-il. Nous allons devoir initier de nouveaux enseignements pratiques sans que cela nous pose vraiment des problèmes même si nous devons changer notre parc de motos. Il me semble que faire évoluer la réglementation était devenue une nécessité et que confrontée à une nouvelle population attirée par les deux-roues, nous, enseignants, nous devons prendre nos responsabilités. » Le ton est déterminé mais derrière un discours convenu, il y a des non-dits et un certain agacement. Parfois décidées sans véritable concertation avec la profession, les réformes se suivent et il devient de plus en plus difficile de savoir sur quel pied danser ! Jean-François Franik, comme ses collègues, continue par exemple à s’interroger sur les conséquences réelles de la « libéralisation » du passage des épreuves théoriques et de l’arrivée d’enseignants à la conduite auto-entrepreneurs prévues par la loi Macron. En attendant, il ne peut que se féliciter de ses résultats puisque AMJ, qui présente 200 candidats par an, continue d’enregistrer d’excellents scores pour ce qui est du permis B comme des permis A.

Un bon emplacement, la clef de la réussite
Pascal Mousseau peut, lui aussi, revendiquer des bons résultats aux épreuves théoriques et pratiques. Ce professionnel bien connu dans le métier a ouvert sa première agence dans les années 1980 à Angers. Aujourd’hui, il est à la tête de l’auto-école Hexagone qui comporte deux agences. Les élèves s’y inscrivent pour passer le permis B, A ou AM. Pour l’enseignement de la moto, Hexagone travaille sur sa piste privée à Beaucouzé en partenariat avec d’autres auto-écoles de la ville. « Hexagone Angers a tout juste deux ans d’existence, explique Jennifer Le Noën, la responsable de l’agence d’Angers. Nous sommes trois moniteurs auto, Pascal Mousseau, Aurélie Gachard et moi, plus un moniteur moto, Pierre Becaert. C’est une auto-école dynamique avec une clientèle très diversifiée. Quelques-uns de nos élèves habitent en ville, d’autres viennent de la campagne et s’inscrivent chez nous parce qu’ils vont au lycée à Angers et arrivent en train. » L’emplacement est, effectivement, idéal. En dehors des trains, le tram s’arrête à une minute à pied, les autobus sont nombreux. Si, le samedi matin, l’agence est calme et la salle de Code déserte, il en est différemment les six autres jours de la semaine. Jennifer est là pour accueillir les élèves, tenir les plannings et gérer les places d’examens. « L’enseignement de la conduite ? Je suis tombée de dedans quand… je passais mon permis, raconte-t-elle. Ami avec le fils des gérants de l’auto-école, j’ai, dans un premier temps, assuré quelques dépannages, confie-t-elle. Je n’avais pas encore mon baccalauréat. Une fois mon diplôme en poche, j’ai continué à faire de plus en plus d’heures de secrétariat. Parallèlement, je préparais une licence en Administration économique et sociale (AES) : cours le matin, bureau l’après-midi. Un jour cependant, je me suis dit qu’il fallait que j’évolue et j’ai passé le Bepecaser en candidat libre. » Elle s’entraîne avec ses collègues moniteurs, mais c’est un échec. La jeune femme n’est pas cependant du genre à se laisser abattre. Un an durant, elle travaille dur et a la chance de pouvoir faire une formation à mi-temps. Le second essai, en 2013, aura été le bon.

Des élèves très geek
Jennifer continue à être secrétaire dans une auto-école d’Angers. Elle est vite repérée par Pascal Mousseau. « Son recrutement ne doit rien au hasard », assure ce dernier. Elle assure l’ouverture de l’agence située près de la gare. « Nous faisons passer 180 permis B par an… et c’est déjà pas mal, s’amuse Jennifer. Nous devons notre réussite au suivi personnalisé que nous mettons en place pour chaque élève. Ils peuvent venir travailler leur Code tous les jours et nous proposons aussi des cours avec des moniteurs. La génération Geek est friande de nouvelles technologies : ludique, efficace, compris dans nos forfaits, Easyweb est pour eux. Il y a ainsi des jeunes que je vois très peu. Certains négligent d’aller voir les corrigés après chaque session. Les autres travaillent méthodiquement et sont vite très bons. C’est souvent un problème de concentration et à la maison, on sait que ce n’est pas toujours facile. Globalement, les élèves sont très contents de cet apprentissage à distance, nous leur demandons de venir quelques fois à l’agence pour vérifier les résultats sur boîtier avant de leur donner une date d’examen. On ne sait jamais, à la maison, c’est peut-être papa qui donne les réponses…» Il faut s’adapter et la grande force de Pascal Mousseau, c’est de savoir réagir. « S’il y avait une
« révolution de l’électrique », analyse Jennifer, nous saurions franchir le pas même si, pour nous, ce n’est pas aujourd’hui à l’ordre du jour. Personne ne sait en réalité à quoi ressemblera l’enseignement de la conduite dans dix ou quinze ans. La privatisation, déjà bien entamée, du permis B sera-t-elle totale ? » Jennifer réfléchit à voix haute persuadée qu’elle pourra encore longtemps exercer ce métier qui semble l’avoir choisie plus qu’elle ne l’a choisi, mais qu’elle a apprivoisé et qu’elle n’abandonnerait pour rien au monde.
Marc Horwitz


Comme une lettre à La Poste
Depuis le 13 juin dernier, Angers expérimente le passage du Code à La Poste. Les premiers retours d’expérience sont plutôt positifs. Tous les professionnels notent que les délais d’obtention d’une place d’examen ont réduit dans un département où, il est vrai, les problèmes sont peu nombreux. Quant aux élèves, ils sont satisfaits des modalités mises en place et très contents de la tablette individuelle. Dans l’ensemble, le taux de réussite n’a pas changé. Les professionnels soulignent un autre point positif de la réforme : si le centre d’examen de La Poste est excentré, il est bien desservi par le tram et donc facilement accessible.


FICHES D’IDENTITÉ
Auto-école Let’s Go
Date de reprise : 2014
Gérants : Belinda Petit et Tristan Schmitt
Salariés : 2
Formations : B, AAC, A et A2
Véhicules : 2 Citroën Cactus, 2 scooters 3 roues Yamaha 125 Tricity, 1 Suzuki SV 650
Inscription : 80 €
Tarifs : forfait 20 heures : 1 309 € (B), et 1 570 € (AAC, 6 H de rendez-vous pédagogiques obligatoires compris). Heure de conduite : 41 €

Auto-école AMJ
Date de création : 2009
Gérant : Jean-François Franik
Salariés (2 agences) : 5 moniteurs, 2 secrétaires-assistantes
Formations : B, AAC, A et A2
Véhicules : 4 Peugeot 208, 6 Honda CB 500 et 600
Inscription : 120 A (B), 170 A (AAC)
Tarifs : forfait 20 heures : 1 255 A (B) et 1 476 A (AAC avec évaluation, 3 rendez-vous pédagogiques). Heure de conduite : 42 A

Auto-école Hexagone
Date de création : 2014
Gérant : Pascal Mousseau
Salariés (agence « Les Gares ») : 4 moniteurs (3 auto, 1 moto)
Formations:  B, AAC, AM, A1, A2 et A
Véhicules : 4 Peugeot 208, 2 Honda CB 500, 1 Yamaha XJ6, 1 Honda CBF 125, 3 scooters SYM
Inscription : 300 €
Tarifs : forfait 20 heures : 1 119 € (B) et AAC : Dans la capitale de l’Anjou où la moitié de la population a moins de 30 ans, les gérants d’auto-école se posent, comme partout en France, des questions sur leur avenir. Mais ils ne perdent ni leur optimisme, ni leur détermination à se battre pour développer leur activité.

Qui n’a pas entendu parler de la « douceur angevine » ? Chantée par le poète Joachim du Bellay au 16e siècle, elle est aujourd’hui ancrée dans l’inconscient collectif. Elle définit avec un certain bonheur le val de Loire, un site inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco et dont Angers, capitale de l’ancienne province d’Anjou, est l’une des villes phares. Son château est l’un des fleurons de son patrimoine architectural et mobilier, mais l’abbaye Toussaint qui est devenue le musée David d’Angers consacré à l’œuvre du sculpteur angevin (1788-1856), l’hôtel dit du Roi de Pologne, belle demeure de la seconde Renaissance ou encore ce chef d’œuvre de l’Art Déco qu’est la Maison bleue construit entre 1927 et 1929, méritent une visite tout comme l’hôpital Saint-Jean, remarquable bâtisse du 12e siècle dont la salle des malade accueille le Chant du Monde, l’une des pièces maîtresses de Jean Lurçat, tandis que l’ancien orphelinat abrite l’une des plus importantes collections de tapisseries contemporaines au monde.
Si Angers trouve ses racines dans son passé, c’est aussi une ville du 21e siècle. Économiquement, elle se développe autour de quatre secteurs d’activité principaux. Le premier est dédié au végétal et à l’environnement avec Vegepolys, un pôle de compétitivité qui est une référence mondiale en terme d’innovation végétale et le réseau compte de plus de 350 membres. Le deuxième est spécialisé dans l’électronique et le numérique avec en particulier la Cité de l’objet connecté et un territoire labellisé French Tech. Il participe largement au rayonnement de la ville en Europe et dans le monde. Angers est également reconnue pour ses compétences en santé et en biotechnologies. Enfin, il existe dans la ville un important pôle d’enseignement et de recherche qui compte quatre campus et 30 000 étudiants. Un chiffre élevé quand on dénombre 270 000 habitants pour la communauté urbaine Angers Loire Métropole qui regroupe 34 communes et 150 000 habitants dont près de la moitié a moins de 30 ans, pour la ville d’Angers.

Une concurrence saine
Cette jeunesse est un atout pour les très nombreuses auto-écoles. La concurrence, en effet, est forte dans la capitale de l’Anjou où les grands groupes sont très présents et sans doute débordés au point, pour ce qui est de la direction d’ECF, de ne même pas répondre aux demandes de rendez-vous des journalistes. Heureusement que les professionnels indépendants sont plus accueillants à l’exemple de Belinda Petit et Tristan Schmitt associés de Let’s Go. Dans la rue Saint-Lazare, la rue principale du quartier Saint-Lazare-Bichon, un quartier populaire de la rive droite de la Maine, où ils sont installés, il existe deux auto-écoles. « Cela ne nous pose aucun problème et nous vivons en bonne entente avec nos voisins de Conduite 49 », disent-ils d’une même voix. À deux pas de chez eux, il est vrai, il y a plusieurs grands lycées généraux et professionnels. « En rachetant en 2014 cette affaire dans laquelle nous étions tous les deux salariés, nous savions que nous n’aurions aucun problème pour nous développer », explique Tristan. À 44 ans, il a d’ailleurs une assez courte carrière dans le monde des auto-écoles puisqu’il est devenu moniteur il y a six ans seulement. Avant cela, il a beaucoup baroudé, travaillant dans la restauration un peu partout en France avec une prédilection pour les villes touristiques de bord de mer. Il a également travaillé dans un atelier de carrosserie automobile en Vendée après avoir passé son CAP et est devenu transporteur indépendant.

Oui à l’électrique !
Belinda a eu, quant à elle, une vie plus calme. Sans doute trop, à l’écouter. Elle a essentiellement fait de la comptabilité. Avec une grande moue significative, elle avoue que « c’était pas [son] truc ». Alors quand elle a l’occasion de passer son Bepecaser en 2006, elle n’hésite pas une seconde. Visiblement, c’est aujourd’hui une jeune femme épanouie même si avec Tristan, ils ne sont pas sans se poser des questions sur l’avenir. « Dans notre business plan, nous avions prévu d’embaucher un(e) salarié(e) en fin de deuxième année d’exercice, expliquent-ils. Ce ne sera pas possible. La « loi Macron » a créé trop d’incertitudes. Nous continuerons par conséquent à travailler avec des auto-entrepreneurs qui, pour les leçons de conduite, utilisent nos véhicules. » Belinda et Tristan exercent aussi en partenariat avec Pascal Mousseau, gérant de l’auto-école Hexagone, pour les permis moto. Et maintenant, ils cherchent de nouvelles voies pour assurer la pérennité de Let’s Go. Ils vont proposer des formations au permis BE et B96 parce qu’ils ont de la demande et surtout ils envisagent de « passer à l’électrique ». « Ce sera sans doute la prochaine étape pour nous, disent-ils. La mairie installe des bornes de recharge à proximité et nous ne désespérons pas qu’il y en ait bientôt une aussi sur le parking de la crèche Saint-Lazare où nous garons nos véhicules. Nous saurons saisir cette opportunité et nous ouvrir vers une nouvelle clientèle, peut-être un peu plus âgée, mais qui sera intéressée par l’apprentissage à la conduite sur un véhicule à boîte automatique. »

Une piste privée pour la moto
Pour sa part, Jean-François Franik, dit Jeff, serait aussi prêt à se laisser convaincre par la voiture électrique. À 39 ans, le gérant d’AMJ, une auto-école installée en face du Marché d’intérêt national (MIN), a cependant bien d’autres priorités et  idées pour développer son entreprise. Il n’en est de toutes les façons pas à son premier coup d’essai. « Quand, en 2009, je me suis installé à la sortie de la ville, avenue Jean Joxé, ce n’était pas gagné d’avance. Surtout, je n’avais pas de plan B me permettant de me rapatrier vers le centre. Aujourd’hui, le pari est gagné. AMJ est une des moto-écoles les plus actives d’Angers. » Jean-François, en effet, a su se faire une excellente réputation dans l’enseignement de la moto. « C’est vraiment ma spécialité et ma passion, dit-il. La circulation automobile en ville étant de plus en plus difficile, les deux-roues ont le vent en poupe et c’est ce qui explique aussi le succès de nos formations. Nous disposons d’une piste privée, ce qui garantit un apprentissage en toute sécurité. Nous sommes extrêmement attentifs aux problèmes de sécurité parce que nous sommes parfaitement conscients que les motards, plus que tous les autres usagers de la route, doivent respecter les règles. »

Savoir se remettre en question
Jean-François Franik estime que la réforme du permis A2 ou la mise en place d’un permis progressif et de formations post-permis sont plutôt des bonnes choses. « Cela nous oblige à nous remettre en question, confie-t-il. Nous allons devoir initier de nouveaux enseignements pratiques sans que cela nous pose vraiment des problèmes même si nous devons changer notre parc de motos. Il me semble que faire évoluer la réglementation était devenue une nécessité et que confrontée à une nouvelle population attirée par les deux-roues, nous, enseignants, nous devons prendre nos responsabilités. » Le ton est déterminé mais derrière un discours convenu, il y a des non-dits et un certain agacement. Parfois décidées sans véritable concertation avec la profession, les réformes se suivent et il devient de plus en plus difficile de savoir sur quel pied danser ! Jean-François Franik, comme ses collègues, continue par exemple à s’interroger sur les conséquences réelles de la « libéralisation » du passage des épreuves théoriques et de l’arrivée d’enseignants à la conduite auto-entrepreneurs prévues par la loi Macron. En attendant, il ne peut que se féliciter de ses résultats puisque AMJ, qui présente 200 candidats par an, continue d’enregistrer d’excellents scores pour ce qui est du permis B comme des permis A.

Un bon emplacement, la clef de la réussite
Pascal Mousseau peut, lui aussi, revendiquer des bons résultats aux épreuves théoriques et pratiques. Ce professionnel bien connu dans le métier a ouvert sa première agence dans les années 1980 à Angers. Aujourd’hui, il est à la tête de l’auto-école Hexagone qui comporte deux agences. Les élèves s’y inscrivent pour passer le permis B, A ou AM. Pour l’enseignement de la moto, Hexagone travaille sur sa piste privée à Beaucouzé en partenariat avec d’autres auto-écoles de la ville. « Hexagone Angers a tout juste deux ans d’existence, explique Jennifer Le Noën, la responsable de l’agence d’Angers. Nous sommes trois moniteurs auto, Pascal Mousseau, Aurélie Gachard et moi, plus un moniteur moto, Pierre Becaert. C’est une auto-école dynamique avec une clientèle très diversifiée. Quelques-uns de nos élèves habitent en ville, d’autres viennent de la campagne et s’inscrivent chez nous parce qu’ils vont au lycée à Angers et arrivent en train. » L’emplacement est, effectivement, idéal. En dehors des trains, le tram s’arrête à une minute à pied, les autobus sont nombreux. Si, le samedi matin, l’agence est calme et la salle de Code déserte, il en est différemment les six autres jours de la semaine. Jennifer est là pour accueillir les élèves, tenir les plannings et gérer les places d’examens. « L’enseignement de la conduite ? Je suis tombée de dedans quand… je passais mon permis, raconte-t-elle. Ami avec le fils des gérants de l’auto-école, j’ai, dans un premier temps, assuré quelques dépannages, confie-t-elle. Je n’avais pas encore mon baccalauréat. Une fois mon diplôme en poche, j’ai continué à faire de plus en plus d’heures de secrétariat. Parallèlement, je préparais une licence en Administration économique et sociale (AES) : cours le matin, bureau l’après-midi. Un jour cependant, je me suis dit qu’il fallait que j’évolue et j’ai passé le Bepecaser en candidat libre. » Elle s’entraîne avec ses collègues moniteurs, mais c’est un échec. La jeune femme n’est pas cependant du genre à se laisser abattre. Un an durant, elle travaille dur et a la chance de pouvoir faire une formation à mi-temps. Le second essai, en 2013, aura été le bon.

Des élèves très geek
Jennifer continue à être secrétaire dans une auto-école d’Angers. Elle est vite repérée par Pascal Mousseau. « Son recrutement ne doit rien au hasard », assure ce dernier. Elle assure l’ouverture de l’agence située près de la gare. « Nous faisons passer 180 permis B par an… et c’est déjà pas mal, s’amuse Jennifer. Nous devons notre réussite au suivi personnalisé que nous mettons en place pour chaque élève. Ils peuvent venir travailler leur Code tous les jours et nous proposons aussi des cours avec des moniteurs. La génération Geek est friande de nouvelles technologies : ludique, efficace, compris dans nos forfaits, Easyweb est pour eux. Il y a ainsi des jeunes que je vois très peu. Certains négligent d’aller voir les corrigés après chaque session. Les autres travaillent méthodiquement et sont vite très bons. C’est souvent un problème de concentration et à la maison, on sait que ce n’est pas toujours facile. Globalement, les élèves sont très contents de cet apprentissage à distance, nous leur demandons de venir quelques fois à l’agence pour vérifier les résultats sur boîtier avant de leur donner une date d’examen. On ne sait jamais, à la maison, c’est peut-être papa qui donne les réponses…» Il faut s’adapter et la grande force de Pascal Mousseau, c’est de savoir réagir. « S’il y avait une
« révolution de l’électrique », analyse Jennifer, nous saurions franchir le pas même si, pour nous, ce n’est pas aujourd’hui à l’ordre du jour. Personne ne sait en réalité à quoi ressemblera l’enseignement de la conduite dans dix ou quinze ans. La privatisation, déjà bien entamée, du permis B sera-t-elle totale ? » Jennifer réfléchit à voix haute persuadée qu’elle pourra encore longtemps exercer ce métier qui semble l’avoir choisie plus qu’elle ne l’a choisi, mais qu’elle a apprivoisé et qu’elle n’abandonnerait pour rien au monde.
Marc Horwitz


Comme une lettre à La Poste
Depuis le 13 juin dernier, Angers expérimente le passage du Code à La Poste. Les premiers retours d’expérience sont plutôt positifs. Tous les professionnels notent que les délais d’obtention d’une place d’examen ont réduit dans un département où, il est vrai, les problèmes sont peu nombreux. Quant aux élèves, ils sont satisfaits des modalités mises en place et très contents de la tablette individuelle. Dans l’ensemble, le taux de réussite n’a pas changé. Les professionnels soulignent un autre point positif de la réforme : si le centre d’examen de La Poste est excentré, il est bien desservi par le tram et donc facilement accessible.


FICHES D’IDENTITÉ
Auto-école Let’s Go
Date de reprise : 2014
Gérants : Belinda Petit et Tristan Schmitt
Salariés : 2
Formations : B, AAC, A et A2
Véhicules : 2 Citroën Cactus, 2 scooters 3 roues Yamaha 125 Tricity, 1 Suzuki SV 650
Inscription : 80 €
Tarifs : forfait 20 heures : 1 309 € (B), et 1 570 € (AAC, 6 H de rendez-vous pédagogiques obligatoires compris). Heure de conduite : 41 €

Auto-école AMJ
Date de création : 2009
Gérant : Jean-François Franik
Salariés (2 agences) : 5 moniteurs, 2 secrétaires-assistantes
Formations : B, AAC, A et A2
Véhicules : 4 Peugeot 208, 6 Honda CB 500 et 600
Inscription : 120 A (B), 170 A (AAC)
Tarifs : forfait 20 heures : 1 255 A (B) et 1 476 A (AAC avec évaluation, 3 rendez-vous pédagogiques). Heure de conduite : 42 A

Auto-école Hexagone
Date de création : 2014
Gérant : Pascal Mousseau
Salariés (agence « Les Gares ») : 4 moniteurs (3 auto, 1 moto)
Formations:  B, AAC, AM, A1, A2 et A
Véhicules : 4 Peugeot 208, 2 Honda CB 500, 1 Yamaha XJ6, 1 Honda CBF 125, 3 scooters SYM
Inscription : 300 €

Tarifs : forfait 20 heures : 1 119 € (B) et AAC : 1 257 €. Heure de conduite : 39 €1 257 €. Heure de conduite : 39 €

Dans la capitale de l’Anjou où la moitié de la population a moins de 30 ans, les gérants d’auto-école se posent, comme partout en France, des questions sur leur avenir. Mais ils ne perdent ni leur optimisme, ni leur détermination à se battre pour développer leur activité.

Qui n’a pas entendu parler de la « douceur angevine » ? Chantée par le poète Joachim du Bellay au 16e siècle, elle est aujourd’hui ancrée dans l’inconscient collectif. Elle définit avec un certain bonheur le val de Loire, un site inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco et dont Angers, capitale de l’ancienne province d’Anjou, est l’une des villes phares. Son château est l’un des fleurons de son patrimoine architectural et mobilier, mais l’abbaye Toussaint qui est devenue le musée David d’Angers consacré à l’œuvre du sculpteur angevin (1788-1856), l’hôtel dit du Roi de Pologne, belle demeure de la seconde Renaissance ou encore ce chef d’œuvre de l’Art Déco qu’est la Maison bleue construit entre 1927 et 1929, méritent une visite tout comme l’hôpital Saint-Jean, remarquable bâtisse du 12e siècle dont la salle des malade accueille le Chant du Monde, l’une des pièces maîtresses de Jean Lurçat, tandis que l’ancien orphelinat abrite l’une des plus importantes collections de tapisseries contemporaines au monde.
Si Angers trouve ses racines dans son passé, c’est aussi une ville du 21e siècle. Économiquement, elle se développe autour de quatre secteurs d’activité principaux. Le premier est dédié au végétal et à l’environnement avec Vegepolys, un pôle de compétitivité qui est une référence mondiale en terme d’innovation végétale et le réseau compte de plus de 350 membres. Le deuxième est spécialisé dans l’électronique et le numérique avec en particulier la Cité de l’objet connecté et un territoire labellisé French Tech. Il participe largement au rayonnement de la ville en Europe et dans le monde. Angers est également reconnue pour ses compétences en santé et en biotechnologies. Enfin, il existe dans la ville un important pôle d’enseignement et de recherche qui compte quatre campus et 30 000 étudiants. Un chiffre élevé quand on dénombre 270 000 habitants pour la communauté urbaine Angers Loire Métropole qui regroupe 34 communes et 150 000 habitants dont près de la moitié a moins de 30 ans, pour la ville d’Angers.

Une concurrence saine
Cette jeunesse est un atout pour les très nombreuses auto-écoles. La concurrence, en effet, est forte dans la capitale de l’Anjou où les grands groupes sont très présents et sans doute débordés au point, pour ce qui est de la direction d’ECF, de ne même pas répondre aux demandes de rendez-vous des journalistes. Heureusement que les professionnels indépendants sont plus accueillants à l’exemple de Belinda Petit et Tristan Schmitt associés de Let’s Go. Dans la rue Saint-Lazare, la rue principale du quartier Saint-Lazare-Bichon, un quartier populaire de la rive droite de la Maine, où ils sont installés, il existe deux auto-écoles. « Cela ne nous pose aucun problème et nous vivons en bonne entente avec nos voisins de Conduite 49 », disent-ils d’une même voix. À deux pas de chez eux, il est vrai, il y a plusieurs grands lycées généraux et professionnels. « En rachetant en 2014 cette affaire dans laquelle nous étions tous les deux salariés, nous savions que nous n’aurions aucun problème pour nous développer », explique Tristan. À 44 ans, il a d’ailleurs une assez courte carrière dans le monde des auto-écoles puisqu’il est devenu moniteur il y a six ans seulement. Avant cela, il a beaucoup baroudé, travaillant dans la restauration un peu partout en France avec une prédilection pour les villes touristiques de bord de mer. Il a également travaillé dans un atelier de carrosserie automobile en Vendée après avoir passé son CAP et est devenu transporteur indépendant.

Oui à l’électrique !
Belinda a eu, quant à elle, une vie plus calme. Sans doute trop, à l’écouter. Elle a essentiellement fait de la comptabilité. Avec une grande moue significative, elle avoue que « c’était pas [son] truc ». Alors quand elle a l’occasion de passer son Bepecaser en 2006, elle n’hésite pas une seconde. Visiblement, c’est aujourd’hui une jeune femme épanouie même si avec Tristan, ils ne sont pas sans se poser des questions sur l’avenir. « Dans notre business plan, nous avions prévu d’embaucher un(e) salarié(e) en fin de deuxième année d’exercice, expliquent-ils. Ce ne sera pas possible. La « loi Macron » a créé trop d’incertitudes. Nous continuerons par conséquent à travailler avec des auto-entrepreneurs qui, pour les leçons de conduite, utilisent nos véhicules. » Belinda et Tristan exercent aussi en partenariat avec Pascal Mousseau, gérant de l’auto-école Hexagone, pour les permis moto. Et maintenant, ils cherchent de nouvelles voies pour assurer la pérennité de Let’s Go. Ils vont proposer des formations au permis BE et B96 parce qu’ils ont de la demande et surtout ils envisagent de « passer à l’électrique ». « Ce sera sans doute la prochaine étape pour nous, disent-ils. La mairie installe des bornes de recharge à proximité et nous ne désespérons pas qu’il y en ait bientôt une aussi sur le parking de la crèche Saint-Lazare où nous garons nos véhicules. Nous saurons saisir cette opportunité et nous ouvrir vers une nouvelle clientèle, peut-être un peu plus âgée, mais qui sera intéressée par l’apprentissage à la conduite sur un véhicule à boîte automatique. »

Une piste privée pour la moto
Pour sa part, Jean-François Franik, dit Jeff, serait aussi prêt à se laisser convaincre par la voiture électrique. À 39 ans, le gérant d’AMJ, une auto-école installée en face du Marché d’intérêt national (MIN), a cependant bien d’autres priorités et  idées pour développer son entreprise. Il n’en est de toutes les façons pas à son premier coup d’essai. « Quand, en 2009, je me suis installé à la sortie de la ville, avenue Jean Joxé, ce n’était pas gagné d’avance. Surtout, je n’avais pas de plan B me permettant de me rapatrier vers le centre. Aujourd’hui, le pari est gagné. AMJ est une des moto-écoles les plus actives d’Angers. » Jean-François, en effet, a su se faire une excellente réputation dans l’enseignement de la moto. « C’est vraiment ma spécialité et ma passion, dit-il. La circulation automobile en ville étant de plus en plus difficile, les deux-roues ont le vent en poupe et c’est ce qui explique aussi le succès de nos formations. Nous disposons d’une piste privée, ce qui garantit un apprentissage en toute sécurité. Nous sommes extrêmement attentifs aux problèmes de sécurité parce que nous sommes parfaitement conscients que les motards, plus que tous les autres usagers de la route, doivent respecter les règles. »

Savoir se remettre en question
Jean-François Franik estime que la réforme du permis A2 ou la mise en place d’un permis progressif et de formations post-permis sont plutôt des bonnes choses. « Cela nous oblige à nous remettre en question, confie-t-il. Nous allons devoir initier de nouveaux enseignements pratiques sans que cela nous pose vraiment des problèmes même si nous devons changer notre parc de motos. Il me semble que faire évoluer la réglementation était devenue une nécessité et que confrontée à une nouvelle population attirée par les deux-roues, nous, enseignants, nous devons prendre nos responsabilités. » Le ton est déterminé mais derrière un discours convenu, il y a des non-dits et un certain agacement. Parfois décidées sans véritable concertation avec la profession, les réformes se suivent et il devient de plus en plus difficile de savoir sur quel pied danser ! Jean-François Franik, comme ses collègues, continue par exemple à s’interroger sur les conséquences réelles de la « libéralisation » du passage des épreuves théoriques et de l’arrivée d’enseignants à la conduite auto-entrepreneurs prévues par la loi Macron. En attendant, il ne peut que se féliciter de ses résultats puisque AMJ, qui présente 200 candidats par an, continue d’enregistrer d’excellents scores pour ce qui est du permis B comme des permis A.

Un bon emplacement, la clef de la réussite
Pascal Mousseau peut, lui aussi, revendiquer des bons résultats aux épreuves théoriques et pratiques. Ce professionnel bien connu dans le métier a ouvert sa première agence dans les années 1980 à Angers. Aujourd’hui, il est à la tête de l’auto-école Hexagone qui comporte deux agences. Les élèves s’y inscrivent pour passer le permis B, A ou AM. Pour l’enseignement de la moto, Hexagone travaille sur sa piste privée à Beaucouzé en partenariat avec d’autres auto-écoles de la ville. « Hexagone Angers a tout juste deux ans d’existence, explique Jennifer Le Noën, la responsable de l’agence d’Angers. Nous sommes trois moniteurs auto, Pascal Mousseau, Aurélie Gachard et moi, plus un moniteur moto, Pierre Becaert. C’est une auto-école dynamique avec une clientèle très diversifiée. Quelques-uns de nos élèves habitent en ville, d’autres viennent de la campagne et s’inscrivent chez nous parce qu’ils vont au lycée à Angers et arrivent en train. » L’emplacement est, effectivement, idéal. En dehors des trains, le tram s’arrête à une minute à pied, les autobus sont nombreux. Si, le samedi matin, l’agence est calme et la salle de Code déserte, il en est différemment les six autres jours de la semaine. Jennifer est là pour accueillir les élèves, tenir les plannings et gérer les places d’examens. « L’enseignement de la conduite ? Je suis tombée de dedans quand… je passais mon permis, raconte-t-elle. Ami avec le fils des gérants de l’auto-école, j’ai, dans un premier temps, assuré quelques dépannages, confie-t-elle. Je n’avais pas encore mon baccalauréat. Une fois mon diplôme en poche, j’ai continué à faire de plus en plus d’heures de secrétariat. Parallèlement, je préparais une licence en Administration économique et sociale (AES) : cours le matin, bureau l’après-midi. Un jour cependant, je me suis dit qu’il fallait que j’évolue et j’ai passé le Bepecaser en candidat libre. » Elle s’entraîne avec ses collègues moniteurs, mais c’est un échec. La jeune femme n’est pas cependant du genre à se laisser abattre. Un an durant, elle travaille dur et a la chance de pouvoir faire une formation à mi-temps. Le second essai, en 2013, aura été le bon.

Des élèves très geek
Jennifer continue à être secrétaire dans une auto-école d’Angers. Elle est vite repérée par Pascal Mousseau. « Son recrutement ne doit rien au hasard », assure ce dernier. Elle assure l’ouverture de l’agence située près de la gare. « Nous faisons passer 180 permis B par an… et c’est déjà pas mal, s’amuse Jennifer. Nous devons notre réussite au suivi personnalisé que nous mettons en place pour chaque élève. Ils peuvent venir travailler leur Code tous les jours et nous proposons aussi des cours avec des moniteurs. La génération Geek est friande de nouvelles technologies : ludique, efficace, compris dans nos forfaits, Easyweb est pour eux. Il y a ainsi des jeunes que je vois très peu. Certains négligent d’aller voir les corrigés après chaque session. Les autres travaillent méthodiquement et sont vite très bons. C’est souvent un problème de concentration et à la maison, on sait que ce n’est pas toujours facile. Globalement, les élèves sont très contents de cet apprentissage à distance, nous leur demandons de venir quelques fois à l’agence pour vérifier les résultats sur boîtier avant de leur donner une date d’examen. On ne sait jamais, à la maison, c’est peut-être papa qui donne les réponses…» Il faut s’adapter et la grande force de Pascal Mousseau, c’est de savoir réagir. « S’il y avait une
« révolution de l’électrique », analyse Jennifer, nous saurions franchir le pas même si, pour nous, ce n’est pas aujourd’hui à l’ordre du jour. Personne ne sait en réalité à quoi ressemblera l’enseignement de la conduite dans dix ou quinze ans. La privatisation, déjà bien entamée, du permis B sera-t-elle totale ? » Jennifer réfléchit à voix haute persuadée qu’elle pourra encore longtemps exercer ce métier qui semble l’avoir choisie plus qu’elle ne l’a choisi, mais qu’elle a apprivoisé et qu’elle n’abandonnerait pour rien au monde.
Marc Horwitz


Comme une lettre à La Poste
Depuis le 13 juin dernier, Angers expérimente le passage du Code à La Poste. Les premiers retours d’expérience sont plutôt positifs. Tous les professionnels notent que les délais d’obtention d’une place d’examen ont réduit dans un département où, il est vrai, les problèmes sont peu nombreux. Quant aux élèves, ils sont satisfaits des modalités mises en place et très contents de la tablette individuelle. Dans l’ensemble, le taux de réussite n’a pas changé. Les professionnels soulignent un autre point positif de la réforme : si le centre d’examen de La Poste est excentré, il est bien desservi par le tram et donc facilement accessible.


FICHES D’IDENTITÉ
Auto-école Let’s Go
Date de reprise : 2014
Gérants : Belinda Petit et Tristan Schmitt
Salariés : 2
Formations : B, AAC, A et A2
Véhicules : 2 Citroën Cactus, 2 scooters 3 roues Yamaha 125 Tricity, 1 Suzuki SV 650
Inscription : 80 €
Tarifs : forfait 20 heures : 1 309 € (B), et 1 570 € (AAC, 6 H de rendez-vous pédagogiques obligatoires compris). Heure de conduite : 41 €

Auto-école AMJ
Date de création : 2009
Gérant : Jean-François Franik
Salariés (2 agences) : 5 moniteurs, 2 secrétaires-assistantes
Formations : B, AAC, A et A2
Véhicules : 4 Peugeot 208, 6 Honda CB 500 et 600
Inscription : 120 A (B), 170 A (AAC)
Tarifs : forfait 20 heures : 1 255 A (B) et 1 476 A (AAC avec évaluation, 3 rendez-vous pédagogiques). Heure de conduite : 42 A

Auto-école Hexagone
Date de création : 2014
Gérant : Pascal Mousseau
Salariés (agence « Les Gares ») : 4 moniteurs (3 auto, 1 moto)
Formations:  B, AAC, AM, A1, A2 et A
Véhicules : 4 Peugeot 208, 2 Honda CB 500, 1 Yamaha XJ6, 1 Honda CBF 125, 3 scooters SYM
Inscription : 300 €
Tarifs : forfait 20 heures : 1 119 € (B) et AAC : 1 257 €. Heure de conduite : 39 €

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